Mercredi 27 juin 2007

Mort aux vaches, folles

Aux ovins aphteux

Aux bovins spongiformes

Débarrassez les bœufs

 

Achevez le cheptel

N’oubliez pas les veaux

Et laissez par les monts

Rôder la quarantaine

 

Sacrifiez sur l’autel

Tous les p’tits moutons blancs

Ici ils ont la fièvre

Là-bas ils sont moins grands

Plus sombres, plus émaciés

Mais ils meurent tout autant

 

Mort aux vaches, folles

Et brûlez le troupeau

Gardez l’aspirine

Pour soigner les bourreaux

Et rassurer le monde

Des beaux p’tits cochons blancs

Ou roses, ou boursouflés

Il en meure tout aussi

Mais pas autant.

SL

par Sylvaine Lacoze publié dans : Chroniques lunaires
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Samedi 9 juin 2007

 

E

n fait, je ne vais pas parler.

Je voulais causer politique, et puis non.

 

 

D’abord, je ne sais plus quoi dire. Parce qu’à tous les coups, je me sens seule. Seule avec une image qui s’effrite, une opinion trempée, certes, mais noyée. Trempée dans un bassin sans fond, et sans horizon. Je ne crois pas avancer, je dois faire autrement.

Ou alors je dois confronter, encore, ressasser, remanier, remettre les idées sur le fil du rasoir, et tourner septante fois l’épée dans ma bouche avant d’avancer sur un chemin quelconque. Je dois prendre le temps. Mais de quel temps disposé-je ?

 

 

 

Q

uel temps fait-il à réfléchir, quel temps m’est imparti qui n’est pas terminé ? Et réfléchir c’est joli, mais sur quelle base, à partir de quels éléments ?

Je me sens seule car j’ai la sensation qu’il me faut d’abord chercher les abscisses, trier le grain, l’ivraie, et le non-sens avant d’enfin pouvoir me mettre à réfléchir. C’est un peu le labyrinthe des sens, le parcours du combattu d’avance.

Parce que je ne veux pas construire mon opinion privée sur les labours de grandes vérités d’une soi-disant « opinion publique ». Je refuse de bâtir ma réflexion sur la base d’un consensus. Il n’est de vérités indiscutables que celles des censeurs. Et la censure aujourd’hui, a changé de costume. Mais elle est bien présente et toujours si obscure, violente, et nauséabonde. Je parle de l’autocensure, la pire des chiennes de Mars : des journaux, organes de presse, relais de la pitié, de cette information triée par des médias défectueux, du pouvoir de journalistes et de rédactions prompts à traiter l’information sous le joug de lignes éditoriales dont point tu ne dérogeras petit scarabée.

 

Une ligne éditoriale c’est une manière de faire, de présenter les choses, une analyse particulière aunée d’éléments forts et récurrents. C’est une ligne politique sous-entendue vers laquelle les analyses doivent tendre. C’est enfin un ton, car une certaine société intellectuelle aime les bons mots et envisage l’impertinence comme un signe d’intelligence. Une (fausse) impertinence de forme plus que de fond. Du coup le sens du discours est remisé à l’état de faire-valoir d’une figure rhétorique, un humour dialectique qui rassure le bourgeois de la pensée. 

 

 

 

M

ais ensuite ? L’individu, le témoignage, l’acte social individualisé ayant valeur de symbole, de sujet et non d’exemple, quel relais lui accorde-t-on ? Où l’entendre, si ce n’est isolé dans la marge, noyé dans le nombre, et souvent amputé pour entrer, justement, dans une ligne éditoriale. Amputé par le rédacteur lui-même afin d’être publié, afin de faire partie d’un groupe, d’une élite, afin d’avoir sa part de miettes… Là est l’autocensure.

 

De quelle société sommes-nous dépositaires ? Quel est notre héritage, qui en sont les notaires ? Et jusqu’où aller dans la métaphore avant d’être taxé de populisme ? Mais il est tellement plus facile de poser des questions, que d’élaborer des éléments de réponse !

Savoir ne rien savoir, et prendre le risque de se tromper… mais rester actif, acteur de ce monde. Jeter des idées, se livrer en pâture, juste pour rebondir et tracer une bribe d’un morceau de soupçon de sens social. Une base saine qui n’est pas fondée sur un mensonge, où l’on se rencontre pour envisager sincèrement le monde, la pluie ou le beau temps, mais en toute liberté et libéré de tout programme.

 

 

C

’est vrai,  j’allais causer politique. Et puis non.

Et puis si : je rêve d’une société où les individus ne sont ni consommateurs, ni panélisés. Juste des citoyens, ayant un brin de sens commun.

 

SL

par Sylvaine Lacoze publié dans : Chroniques sociales
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Mercredi 6 juin 2007

Je me souviens d’un temps où les poules volaient. Elles vagabondaient et perçaient les nuages : c’était mardi, il pleuvait.

Je me souviens d’un train qui roulait vers le sud. C’était un beau roman, couverture griffée et papier haut vélin, qui nous racontait une bien piètre histoire. 


Je me souviens d’un mur bleu comme une mer d’été sans nuage. Des idiots l’avaient peint, mais ils sont tombés. Lui aussi.

Par contre, j’ai oublié notre peau, nos dents, nos rires et nos aisselles, et le bruit qu’elles faisaient lorsqu’elles tombaient dans l’eau.

Je me suis toujours baignée nue, et la fenêtre ouverte.

Je me souviens, enfant, de mes rêves, mais aujourd’hui nenni, néant. Les rêves d’enfant couvrent nos bruits nos hommes.
 

Je me souviens aujourd’hui que je rêvais hier. Je suis partie, j’ai perdu mes images. Je suis fate à présent. Et j’ai faim.

Je noyais un jambon au flanc d’une montagne mais je n’avais pas froid. L’Amérique, est à ce prix.

Et la mémoire, la mémoire, que me coûtera-t-elle ?

Je suis assise sur une putain noire, et j’ai encore faim.

Ma vie s’arrêtera-t-elle avec la mort ?

Sans doute, patron, puisque ça glisse.

Patron, monte le son.

SL

par Sylvaine Lacoze publié dans : Chroniques lunaires
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