n fait, je ne vais pas parler.
Je voulais causer politique, et puis non.
D’abord, je ne sais plus quoi dire. Parce qu’à tous les coups, je me sens seule. Seule avec une image qui s’effrite, une opinion trempée, certes, mais noyée.
Trempée dans un bassin sans fond, et sans horizon. Je ne crois pas avancer, je dois faire autrement.
Ou alors je dois confronter, encore, ressasser, remanier, remettre les idées sur le fil du rasoir, et tourner septante fois l’épée dans ma bouche avant
d’avancer sur un chemin quelconque. Je dois prendre le temps. Mais de quel temps disposé-je ?
uel temps fait-il à réfléchir, quel temps m’est imparti qui n’est pas terminé ? Et réfléchir c’est joli, mais sur quelle base, à partir de quels
éléments ?
Je me sens seule car j’ai la sensation qu’il me faut d’abord chercher les abscisses, trier le grain, l’ivraie, et le non-sens avant d’enfin pouvoir me mettre
à réfléchir. C’est un peu le labyrinthe des sens, le parcours du combattu d’avance.
Parce que je ne veux pas construire mon opinion privée sur les labours de grandes vérités d’une soi-disant « opinion publique ». Je refuse de bâtir
ma réflexion sur la base d’un consensus. Il n’est de vérités indiscutables que celles des censeurs. Et la censure aujourd’hui, a changé de costume. Mais elle est bien présente et toujours si
obscure, violente, et nauséabonde. Je parle de l’autocensure, la pire des chiennes de Mars : des journaux, organes de presse, relais de la pitié, de cette information triée par des médias
défectueux, du pouvoir de journalistes et de rédactions prompts à traiter l’information sous le joug de lignes éditoriales dont point tu ne dérogeras petit scarabée.
Une ligne éditoriale c’est une manière de faire, de présenter les choses, une analyse particulière aunée d’éléments forts et récurrents. C’est une ligne
politique sous-entendue vers laquelle les analyses doivent tendre. C’est enfin un ton, car une certaine société intellectuelle aime les bons mots et envisage l’impertinence comme un signe
d’intelligence. Une (fausse) impertinence de forme plus que de fond. Du coup le sens du discours est remisé à l’état de faire-valoir d’une figure rhétorique, un humour dialectique qui rassure le
bourgeois de la pensée.
ais ensuite ? L’individu, le témoignage, l’acte social individualisé ayant valeur de symbole, de sujet et non d’exemple, quel relais lui
accorde-t-on ? Où l’entendre, si ce n’est isolé dans la marge, noyé dans le nombre, et souvent amputé pour entrer, justement, dans une ligne éditoriale. Amputé par le rédacteur lui-même afin
d’être publié, afin de faire partie d’un groupe, d’une élite, afin d’avoir sa part de miettes… Là est l’autocensure.
De quelle société sommes-nous dépositaires ? Quel est notre héritage, qui en sont les notaires ? Et jusqu’où aller dans la métaphore avant d’être
taxé de populisme ? Mais il est tellement plus facile de poser des questions, que d’élaborer des éléments de réponse !
Savoir ne rien savoir, et prendre le risque de se tromper… mais rester actif, acteur de ce monde. Jeter des idées, se livrer en pâture, juste pour rebondir
et tracer une bribe d’un morceau de soupçon de sens social. Une base saine qui n’est pas fondée sur un mensonge, où l’on se rencontre pour envisager sincèrement le monde, la pluie ou le beau
temps, mais en toute liberté et libéré de tout programme.
’est vrai, j’allais causer politique. Et puis non.
Et puis si : je rêve d’une société où les individus ne sont ni consommateurs, ni panélisés. Juste des citoyens, ayant un brin de sens commun.
SL