Jeudi 26 juillet 2007
Jean-Louis-dents-noires.JPG
par Sylvaine Lacoze
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Dimanche 22 juillet 2007

Je crois te comprendre à demi-mot
A demain l’ami t’y es trop tôt
A un autre jour, deux mies de pain
Deux demis d’amour, demi de rien

A demain toujours n’oublie pas de m’écrire 
Écrire à demi-mot pour ne jamais choisir 

Je crois te chercher à ciel ouvert 
Dominant le zinc, demi de bière 
Tu t’épuises tu mimes tes mots 
Deux mille douleurs à demi-maux 

A demi tu ressens tu ne veux pas souffrir 
Et vivre à contretemps à deux mis de partir 

Je choisis le parti de rester dans le mi 
[à demi entendu à demi condamné]
Ne pas me prononcer ou me positionner
[Intrigant comme lui qui reste dans le mi] 
Et cache mes envies à demi


Deux milliards d’étoiles dans l’essieu 
Et pas une pour mes demi vœux 
Je ne te vois plus deux hémisphères 
Ennemis contraints, amis contraires 

A demi je t’envoie les phrasés les sourires 
A deux milles de tout n’oublie pas de me fuir 

Je crois te trouver à mi-chemin 
Ami de ce jour qui prend fin 
Encore un détour de la vie 
Esclave du jour de la nuit 

Prisonniers de nos corps de nos quatre moitiés 
Harmonie du décor de paraître en entier

Je choisis le parti de rester dans le mi 
[à demi entendu à demi condamné]
Ne pas me prononcer ou me positionner
[Intrigant comme lui qui reste dans le mi] 
Et cache mes envies à demi

par Sylvaine publié dans : Chroniques lunaires
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Vendredi 6 juillet 2007

 

J

e suis surexposée. Je prends chaque jour les transports urbains. Et chaque jour mon regard croise un nombre incalculable d’affiches publicitaires. Les compter tiendrait du sacerdoce.

Une station du métro parisien est un panneau d’affichage géant que traversent des rails. Les couloirs du métro idem, traversés par des gens. Les quais de gare de banlieue  des enfilades de panneaux d’affichages entre lesquels les voyageurs transitent.

Le long des routes, sur le passage des voitures, des trains, des nuées de citoyens-consommateurs : des panneaux, des affiches, des panneaux, des affiches, des panneaux, des affiches, des panneaux, des affiches, des panneaux, des affiches, des panneaux, des affiches, des panneaux, des affiches… et des affiches. Vous avez vu, c’est pauvre en vocabulaire non ? Pauvre et pauvre et pauvre et pauvre et pauvre et pauvre et pauvre et pauvre et pauvre et pauvre et pauvre et pauvre … de nous.

 

Sur ces affiches, des images à rêver. Des promesses de lendemains ponctuels, faits de puissance, de volupté, et de lecteurs MP3 bon marché pour écouter toute cette musique téléchargée illégalement grâce aux tarifs hors concurrence de nos joviaux fournisseurs d’accès.

Ce que je reproche aux panneaux publicitaires : polluer mon environnement visuel et mental, en m’incitant moi et mes congénères à vivre et à croire en un monde qui n’existe pas, la société féerique des bisounours à crédit. Le monde enchanté du pollueur-pollueur, du crétin heureux, de l’imbécile volontaire, patenté, indivisible et imposable.

  

A

 son niveau de crétinerie panurgique, chaque affiche a valeur de cas d’école. Mais il en est une qui récemment m’interpella d’une façon si soudaine, si directe, et surtout qui le fit si clairement, que je me demande encore si les concepteurs de cette publicité sont réellement cyniques, ou absolument idiots. Bref, quel peut donc être le degré de conscience (quelle éthique ?) qui anima Dunœud lorsqu’il pondit pareille stupidité !

Je m’essplique

 

 C’est une publicité pour une chaîne de télévision pour enfants, genre Canal J, donc la chaîne avec des dirigeants assez cons pour payer probablement très cher le droit de nous asséner ce genre de message merdique comme une insulte à notre intelligence.

On y voit une gamine d’une dizaine d’années exprimer lââssement un dédain agacé, peut-être son mépris, à un adulte (son père) qui s’épuise à tenter de la distraire en grimaçant stupidement, une asperge pendant à chacune de ses narines (donc 2 asperges, l’homme n’étant pas un mutant).

La légende qui donne son sens à ce tableau incongru et délivre le message, s’inscrit en caractères gras et ambitieux  au bas de l’image : « vos enfants méritent mieux que ça ! »

 

Et moi je me demande : mieux que quoi ?

Qu’un père qui s’échine, à tenter bêtement d’entrer en communication avec sa fille, avec sa manière gauche et visiblement incessante.

Qu’un idiot complètement dévalorisé par cette image suscitant son ridicule ostentatoire. Il veut quoi ce débile, faire rêver sa fille ! Mais il y a des professionnels pour ça. Il y a la télé quand même, Canal J, c’est pas pour les chiens !

 

A ce titre il faut parler de la fille, parce que si la père est une caricature, elle, est un symbole, une icône. Un peu boulotte bien sûr, les crétins ne font pas des poupées Barbie, et puis on cause TV, donc chips, pop corn, passivité glycémique et frénétique sur la banquette. Donc un peu « p’tite grosse », mais habillée kinder-fashon victime consommatrice jeune idéale, on peut être boulotte ET à la mode. Grosse ET conne me dis-je, oubliant tout à coup qu’elle n’avait que 10 ans.

Et cette apparence de « gamine branchée » avec son petit sac à main et son pantacourt à franges, accentue encore le mépris qu’elle affiche à ce père débraillé sentant la transpiration, trop has been, et pathétique

 

Voilà le message délivré aux enfants. Vous méritez mieux que ça ! Vous méritez mieux qu’un père : les programmes de la télé. Et ça, c’est la société dans laquelle je vis. Bien, j’en prends note. Mais je m’insurge !

Pour qui me prend-on, à me mettre ce genre de message sous les yeux, car il m’est destiné autant qu’à tous les gens qui passent ? Que vais-je devenir si je me mets à croire les promesses de l’imagerie publicitaire ? Aurai-je assez de recul (ture) pour conserver mon libre-arbitre ? Si je n’ose plus me mettre les asperges ailleurs que dans la bouche !

 

Je m’insurge et je proclame : Tout cela est mensonge !!!

Une preuve ?

Essayez de vous mettre une asperge dans chaque narine. Vous imaginez un gamin voyant ça, qui vous regarderait sans rire, avec le dédain affiché par la petite grosse, qui la pauvrette, un peu crispée, pouffait intérieurement.




Une autre affiche de la compagne Canal J déclinée sur le même thème, ici un grand-père qui exhibe son dentier pour faire rire une planche à roulettes

image-pub-canalj.gif

J'ai pas trouvé celle avec les asperges sur le net

par Sylvaine Lacoze publié dans : Chroniques sociales
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Mercredi 4 juillet 2007

 

junta.jpg

P

armi tous les jeux auxquels j’ai joué, celui qui m’a apporté le plus de satisfaction, qui m’a transportée de la manière la plus totale, celui qui m’a le premier fait entrevoir la fatuité des hommes et leur incapacité à s’extraire de leurs représentations étriquées, c’est bien la JUNTA.

 

Pour ceux qui ne connaissent pas, voilà une petite présentation de la chose.

Los Bananas, petite république sud-américaine, n’est pas franchement une démocratie. Les joueurs, idéalement au nombre de sept, doivent tout d’abord élire un président à vie, ce qui à Los Bananas est un pléonasme. Mais attention, ici à vie, ne signifie nullement pour toute la partie. Mais on y reviendra.

Ce président va ensuite distribuer les postes gouvernementaux : ministre de l’intérieur, généraux, amiral, commandant des forces aériennes, il ne doit oublier personne. Puis il va proposer un budget pour chacun de ces portefeuilles. Et c’est là que ça devient intéressant, car le budget va être voté par cette assemblée de bras cassés, et il ne sera distribué que s’il est approuvé à la majorité absolue des scrutins exprimés. Si jamais il est rejeté, deux solutions : le ministre de l’intérieur le fait passer en force (il contrôle la police, excusez du peu), ou bien le président garde tout pour lui. Mais là, ses jours sont comptés, il est peut être sûr que le tour ne se terminera pas sans un coup d’état où il n’a aucune chance de sortir vivant : seul contre tous !

 

Bien évidemment tous les coups sont permis : négociations à tout rompre, promesses inconsidérées, payer des assassins pour dépouiller ses voisins, fomenter un coup d’état… que du bonheur je vous dis ! Le but du jeu étant de détourner un maximum de pognon vers son compte en Suisse. Enfin, le but des autres joueurs. Parce que pour moi, l’objectif est tout autre : être et rester PRÉSIDENTE. C’est ça mon kiff. Et vous n’imaginez pas le plaisir que cela procure, la tension qui se lit sur les visages juste avant que je ne désigne mon ministre de l’intérieur et le montant du budget que je daigne allouer à chacun. Je sens qu’ils sont prêts à toutes les promesses, à toutes les compromissions pour avoir plus d’argent.

Moi ce n’est pas l’argent qui m’intéresse, c’est le pouvoir. C’est un préalable, et cela énerve grandement les autres joueurs. Parce que le pouvoir, ce n’est pas l’obtenir qui est difficile, c’est le garder. Et c’est ça le boulot principal de celui qui a le pouvoir : tout faire pour le conserver.  Toutes ses actions doivent converger vers ce but, cette île, ce Nirvana. Et pour cela tous les moyens sont bons !

 

T

out d’abord, identifier son allié. De préférence le plus puissant en terme de suffrages. Cette puissance électorale est symbolisée par des cartes posées devant chaque joueur. Il doit également être cupide, car c’est avec l’argent que je vais le tenir en mon giron. Et puis lui proposer un deal qu’il ne pourra pas refuser, et surtout qu’il n’aura pas intérêt à trahir, ou alors le plus tard possible (parce qu’il trahira de toute façon !). Je vais donc être gentille avec lui, le dorloter, le valoriser, et bien sûr le nommer ministre de l’intérieur, avec un budget conséquent et des privilèges insupportables. C’est là le prix à payer.

Ensuite il faut se protéger contre les coups d’état. Car si la majeure partie du jeu se fait à la tchatche, c’est quasiment un jeu de rôle, lorsque qu’un coup d’état est déclanché on passe au jeu des pions sur le plateau, avec déplacement des unités et bastons à base de lancers de dés pour éliminer son adversaire. Et là, il faut être présent sur le terrain pour ne pas se faire laminer dès les premiers tours d’insurrection.

Il faut donc un allié dans l’armée. Nous sommes deux, les cinq autres sont des militaires :

-         Le commandant des forces aériennes dispose d’un parachutiste et de trois avions bardés de bombes antipersonnel

-         L’amiral contrôle un pauvre marine mis à disposition par l’ami américain, et une canonnière dont la puissance de feu est loin d’être négligeable

-         Et enfin les trois généraux disposant chacun d’une brigade

 

C’est souvent le commandant de l’armée de l’air qui fait l’objet de mon attention. Parce qu’avec ses trois avions bardés de bombes à fragmentation, il est un dissuasif assez puissant contre toute idée d’insurrection. Son seul défaut, c’est qu’il ne dispose justement que de trois avions, chacun d’eux ne pouvant effectuer qu’un unique bombardement. Puissant donc, mais limité. C’est pourquoi il est utile de soudoyer un autre allié moins onéreux : l’amiral.

L’amiral est en général le délaissé, celui dont on a le sentiment qu’il est plus faible. Il est souvent attribué en dernier avec un budget effleurant le néant. C’est qu’il ne dispose sur le terrain que d’un marine, et ça ne pèse pas lourd face à une brigade. Certes. Mais il contrôle également la canonnière. Et cette canonnière-là, bien que limitée dans sa puissance de feu (elle ne dispose que de trois dés, contre par exemple six pour un avion), elle est activée au début de chacun des sept tours de jeu que dure une insurrection. Et le plus beau, c’est qu’elle peut « canonner » n’importe quel secteur de la ville. Donc même si je ne dispose d’aucune brigade sur le terrain, je peux pilonner où je veux dans la ville avec les avions et la canonnière. Avec un peu de chance, les brigades sont largement affaiblies  lorsqu’elles arrivent à proximité du centre ville, où je peux finir le travail à l’arme de poing avec la police, la garde présidentielle, et s’il sont encore en vie le marine et le para.

Évidemment cette méthode n’est pas infaillible, et il est toujours plus rassurant de disposer d’une brigade en ville pour nettoyer le terrain. Mais il est notoire qu’une solidarité s’installe entre les généraux (surtout s’il s’agit de mâles) et il est très difficile de compter sur l’un d’eux tant l’esprit de corps est vivace au sein des corps d’armée, même pour de rire. Et puis n’oublions pas qu’il s’agit là d’un jeu de dés, et l’on sait tous pertinemment que la loi des probabilités n’est rien face à celle de la poisse et des jets foireux.

 

Mais le plus grand danger, c’est que chacun peut changer de camp dès que se lui apparaît la vanité de son entreprise. C’est la loi de la junte. Il faut frapper très fort dès les premiers tours afin d’espérer garder les alliés dans son camp, et ne pas s’étonner lorsqu’ils rejoignent le camp des insurgés dès que le vent semble tourner. C’est comme ça. De toute façon si la chance ne me souris pas, je finis attachée au poteau devant le peloton d’exécution quelle qu’ait été la loyauté de mes alliés. Aussi malgré les insultes que je ne manque pas de proférer à leur égard, je ne leur en veux pas.

Et puis pour spectaculaires qu’ils soient, ce n’est pas lors des coups d’état que se joue la Junta. Ils sont parfois efficaces, mais toujours laborieux. Et surtout ils transforment ce magnifique jeu de régulation manipulation psychologique en un bête wargame et confie aux seuls dés l’issue d’un combat dont on devine très vite le résultat final, mais qui reste long et ennuyeux comme un film d’Éric Rohmer.

 

N

on la gestion d’une partie est avant tout affaire de localisation et d’assassinat politique. A chaque tour « normal » les joueurs vont devoir choisir une localisation parmi cinq : la banque, la résidence, la garçonnière, le quartier général ou le night club. Une fois les localisations choisies, les joueurs qui disposent d’un tueur peuvent tenter de deviner la localisation d’un personnage et lui envoyer cet exécuteur des basses œuvres. S’il réussit son coup,  il lui prend la totalité de ses enveloppes budgétaires qui n’ont pas encore eu le temps de rejoindre de coffre helvète. La victime perd également toutes les cartes d’influence politique qu’elle était parvenue à collectionner, et qui composent véritablement sa puissance électorale. Un coup dur donc. Mais qu’il est facile de déjouer : ne jamais se rendre à la banque. Pourquoi ? Parce qu’il faut être localisé à la banque pour mettre son argent en Suisse. Et l’objectif des joueurs sensés est d’y planquer un maximum de pognon afin de gagner le titre de dictateur bananier le plus amoral d’Amérique du Sud. La banque est donc un  passage obligé, où se croisent à chaque tour les tueurs psychopathes et les politiciens véreux.

 

Donc règle n°1 pour rester en vie : éviter la banque.

Règle n°2 : arroser le ministre de l’intérieur. Parce que lui, il a une particularité. Et une sacrée même ! Parce que pour vous et moi, un tueur, c’est une carte qu’on a eu la chance de piocher. Et encore une fois en main il faut bien souvent le payer, et en plus ils n’ont pas tous la même efficacité. Tandis que le ministre de l’intérieur dispose de la police politique, sa petite CIA personnelle, qui lui fournit un tueur professionnel et gratuit à chaque tour. Et ça c’est de l’arme de destruction massive. C’est pour cela qu’il faut toujours l’avoir avec soi. Un ministre de l’intérieur aux ordres est la meilleur des assurances vie. Parce qu’avec son privilège, il va énerver ses petits camarades. L’opprobre salit le corrompu, rarement le corrupteur. Ainsi ce ministre qui se laisse acheter va cristalliser la détestation de ses coattablés. C’est à ses trousses plus qu’aux miennes, que vont se lancer les tueurs. Et lui, avec son tueur d’état, pourra toujours écrire un peu l’histoire avant de succomber.

Enfin règle n°3 : se souvenir que le ministre de l’intérieur est vil et qu’il n’hésitera pas à s’en prendre à sa hiérarchie directe dès que l’occasion lui semblera bonne. Donc ne jamais aller à la banque ! (ça y est, vous avez compris ?) Vous ne placerez pas d’argent en Suisse, mais au moins vous resterez en vie, donc Présidente.

Oui le calcul politique est souvent cruel, mais Machiavel lui-même avait ses petits soucis.

 

U

n autre problème à ces raisonnements, et bien qu’il ne s’agisse nullement de conseils : les autres joueurs. Certains, probablement d’anciens communistes, mettent un point d’honneur à vous parler d’éthique alors même que vous leur concéder le gain de la partie. Le plaisir du jeu serait gâché, car nous ne poursuivons pas les mêmes objectifs ! Fumisterie bien sûr, nous sommes d’accord. Quelle est cette société où les individus sont semblables ? Quelle tristesse, d’être tous sur le même chemin, tels des moutons courtisant un identique Panurge.

Et si chacun s’y retrouvait ! Quel règlement m’interdit d’adapter ma stratégie à mes propres desseins ? Ils ne sont pas « le but du jeu », la belle affaire ! Je n’interdis à personne de jouer comme il l’entend.

Je ne triche pas : j’aménage ma maison afin de m’y sentir à l’aise. Et dans ma maison, vous n’y êtes pas. 

SL

Cet article est dédié à mon amie la hyène de Stuttgart
 


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par Sylvaine Lacoze publié dans : Des jeux de société
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