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C’ |
est prostrée sur le balcon de ma location de vacances, transie d’effroi sur une chaise de camping, que je prends ce soir la plume. Peut-être pour la dernière fois. Demain, va savoir, le mal aura gagné et je serai comme eux !
Je les entends de mon balcon, cela ressemble à un bal de camping, la grande soirée disco organisée par le comité des fêtes ou l’amicale des joyeux pétanquistes en short.
Je les entends rire et frapper dans les mains au rythme d’une musique… mais peut-on appeler cela musique ? Une cadence électronique et lancinante qui résonne dans la nuit, et martèle le temps avec la finesse d’un tambour dans une galère.
J’entends le DJ hurler dans son micro au plus fort du refrain : « viens boire un p’tit coup à la maison » et les bronzés reprendre en chœur « à la maison ! ».
Je reçois de plein fouet leur prémaché de bonheur au travers de ma nuit. Il m’agresse.
Je les imagine frais sortis de la douche du soir, refluant le monoï et les vapeurs de déo-bille, se préparer pour se rendre à la langoustines party sur la place du marché. Je les vois gavés de mayonnaise et de vin de pays, transpirer déhanchamment sur des musiques tropicales parce que les négros, ils s’y connaissent quand même vachement en rythme (et à la course à pieds!).
Je n’ose pas me joindre à eux de peur d’accélérer le processus de contamination. Je le sens, jour après jour, ma garde baisse. Et parfois, je l’avoue, ce troupeau me fascine.
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es premiers symptômes se manifestent. Aujourd’hui à la plage, j’ai acheté une glace à six boules et trente-huit centimètres, avec supplément chantilly. Je l’ai mangée sur la promenade en regardant les voitures passer. Un défilé de grosses clinquantes, de 4x4 rutilants, de cabriolets flambant neuf, de berlines allemandes surpuissantes, de petites citadines nerveuses intérieur cuir… et je me suis dit « alors, laquelle tu préfères ? »
Heureusement j’ai vomi avant de répondre. La glace était tiède et la chantilly gonflée aux glucides synthétiques.
Plus loin se tenait un concours d’enfants obèses. Les candidats étaient alignés, debout sur un banc, vêtus d’un slip de bain Décathlon et d’un T-shirt mouillé. La gagnante, une charmante lolita de 11 ans pour soixante-douze kilos, a remercié ses parents qui l’ont toujours soutenue, et sans qui elle ne serait jamais devenu la jolie petite truie qu’elle est aujourd’hui.
Puis ils l’ont portée en triomphe, avant de rejoindre la langoustines party.
Je reste sur mon balcon à attendre la petite mort. Je suis seule, j’ai peur.
Pire : j’ai faim.
Et j’aime ça, la langoustine grillée !
SL
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