Mardi 25 septembre 2007

O

K, c’est mort ! Les jeux sont faits.
Il faut dire que pour une fois, il a bien joué... sacré J.P!

Je n’ai plus qu’un tour et je ne peux rien faire pour l’empêcher de construire son dernier comptoir et d’engranger le bonus final. Et avec tout le bois qu’il a en réserve, il peut même se permettre le luxe de construire un barrage pour me couper mon approvisionnement en eau et me faire ainsi passer de la gentille défaite à la correction en bonne et due forme. La raclée, la pâtée, la tôle, la victoire indiscutable avec humiliation des perdants en option.

Connard de J.P !!

Bon, c’est là qu’il faut prendre la décision. La grande décision. Car il me reste une possibilité pour rattraper mon retard et retourner la partie à mon avantage ; une seule et unique possibilité, une issue de secours, une ultime bouée de détresse pour m’accrocher et maintenir hors de l’eau ma tête de condamnée : tricher.

Oui je sais c’est très mal ! Sur la question, je connais les avis de la bourgeoisie ludique bien-pensante. J’y perdrais mon amour-propre, ou pire, mon honneur.

En ce qui concerne l’amour-propre, je devrais pouvoir m’en remettre !

Quant à l’honneur, je ne sache pas que la victoire doive forcément s’encombrer de cette valeur de pauvre – ne dit-on point que l’honneur est ce qu’il nous reste lorsque l’on a tout perdu -- donc de perdant !

Non, le pire ne serait pas de gagner en trichant, je n’ai pas ce genre d’états d’âme. Le pire, serait de me faire prendre. Parce qu’alors, c’en serait fini de mes victoires tranquilles, des adversaires qui, honnêtement, reconnaissent en moi une bonne compétiteuse tout en admirant ma supériorité stratégique et ma grande capacité d’analyse, même si sur le moment ils auraient préféré perdre un œil.

Dans le cas présent, c’est ma dernière arme, mon extrême possibilité.

Je pourrais me résonner, me dire que tricher affadit la victoire, que la valeur d’un jeu n’est pas dans le gain d’une partie mais dans le plaisir pris à la disputer. Je pourrais me dire qu’ainsi va la vie, que les victoires succèdent aux défaites et que ce crétin de J.P a lui aussi droit à son heure de gloire.

Je sais.

Mais je me connais. Je vais me dire tout ça, et je vais tricher quand même.
Je vais tricher parce que je vais en avoir l’occasion. Ce sera plus fort que moi.
Je vais tricher et ma victoire sera magnifique car elle résultera d’un coup d’éclat.

C’est très simple : J.P peut construire son dernier comptoir. Qu’à cela ne tienne ! Je joue avant lui, alors je vais construire mes trois derniers comptoirs en un seul tour. Du jamais vu ! Pour cela je vais fournir toutes les ressources nécessaires que j’accumule depuis le milieu de la partie. Eh oui, on ne m’a pas vue venir. Personne n’a fait attention à moi car je me suis peu développée, et lentement, et donc j’ai peu dépensé ! C’est ainsi que j’ai pu thésauriser autant de cartes ressources pour finir en beauté...

Ca, c’est le discours officiel. En vérité, il me suffit de prendre plus de ressources que prévu lors de la phase de revenus. C’est facile, chacun se sert en cartes et personne ne vérifie, notre relation est basée sur la confiance. Ensuite, il suffit d’embrouiller un peu.

« À moi ? Alors voilà, tenez-vous bien. Je vais donc construire pas un, pas deux, mais trois comptoirs, oui vous avez bien entendu, trois comptoirs que je finance illico (et surtout presto) avec mes bonnes cartes ressources que voilà, que je vous montre, regardez, vous les voyez bien, hop je les remets non moins rapido dans leur pile respective vu que je les utilise et que j’ai juste le compte et voilà elles sont rangées, je mets mes comptoirs sur le plateau et oh, tiens donc, ça tombe bien, il m’en reste juste trois ! Magnifique ! Je marque mes douze points plus le bonus de vingt points du dernier comptoir et je passe en tête sur l’échelle de score juste devant J.P qui s’est bien battu mais qui n’a peut-être pas bien géré sa fin de partie. »

Ouf !

Je leur laisse un temps pour observer le plateau et assimiler l’information.

(silence)

-Ouais joli coup. Bien joué !

Ils se détendent. C’est bon, je reçois l’absolution.
Et finie la partie. Victoire de Sylvaine, chapeau bas messieurs.
Et la revanche, J.P, c’est quand tu veux !!

par Sylvaine Lacoze publié dans : Des jeux de société
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Blog : Sport sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus