Mardi 4 décembre 2007

D

éjà décembre, et je m’aperçois que je n’ai pas formulé mes doléances offrandaires. Je n’ai pourtant pas l’habitude de réclamer, mais cela fait tout de même longtemps que je ne reçois plus rien de votre part ! Aujourd’hui le temps est clément. J’ai donc décidé de faire sortir le renne du bois, et vous faire part de mes désirs enfouis, de mes secrètes envies.
 

Mais il me faut d’abord faire cette mise au point : bien que m’adressant à vous de façon explicite, sachez que vous n’existez pas.

Vous n’existez pas dans mon monde, vous survivez à peine dans celui des enfants. Et c’est pour cette raison que je prends la peine de vous écrire, votre non-existence étant pour moi la meilleure garantie de ne pas être trahie.

Si vous n’existez pas, vous n’en êtes pas pour autant sans existence. Vous couvrez déjà les murs de la ville, les vitrines des magasins, les lucarnes petites et grandes, en tentant de nous faire croire que Noël est pour tout le monde, que les cadeaux s’offrent par tombereaux, que rien n’est trop beau alors même que l’amour n’est pas une question de budget.

D’ailleurs si l’amour était une question d’argent, qu’eussions-nous pensé de la fermeture des maisons closes ?  Mais je digresse, je dois manquer d’un régime intelligent.
 

Si je vous écris aujourd’hui, cher Monsieur Noël, c’est pour… pourquoi d’ailleurs ?
 

Pour parler me direz-vous, utiliser votre prétexte pour déballer mes conjectures, vu que j’ai usé tous mes amis.

Bien que cette raison me paraisse pertinente (je vous félicite au passage pour la justesse de votre jugement), cela me semble un tantinet réducteur. Certes j’ai usé mes amis, je les ai fatigués au point qu’ils refusent désormais de passer plus d’une heure en ma compagnie. Mais tout de même, en y réfléchissant, ce n’est pas à eux que me viendrait l’idée d’envoyer ma lettre au Père Noël !

Pascal proposait aux mécréants de parier sur l’existence de Dieu, ayant tout à y gagner sans strictement rien risquer de perdre. Moi, j’écris au Père Noël. Et ça ne coûte pas plus cher !
 

Au sujet des cadeaux, je ne suis pas encore complètement décidée. Mais j’ai d’ores et déjà, quelques certitudes.


J

e ne veux pas de chocolats. La boîte de chocolats est le cadeau de l’ignorant. Une sorte de valeur sûre, si sûre qu’on l’offre même aux diabétiques. Cher Monsieur, je m’attends à mieux de votre part.
 

Je ne veux pas de jeux, et surtout pas de jeux de société. Pas que je n’aime plus ça, vous savez comme moi que cela reste un des rares plaisirs de mon ascétique vie. Mais le vocable « jeu de société » comprend en lui-même l’objet de ma détestation : « société ». Cette société, puisque je ne doute pas qu’il s’agisse de celle des hommes, que je méprise  au point de la vouer dans sa totalité (je ne m’en dépare pas) aux foudres de tous les ridicules ! Le jeu de cette société, me renvoie à mon état d’Homme avec un grand H, qui comme chacun sait est le terme universel pour désigner les femmes avec un petit f. 

Et vous, cher Monsieur, quel est votre déterminant ? De quelles molécules êtes-vous composé, vous dont le commerce est intimement lié à nos progénitures, pis, à nos reproductions !
 

Je ne veux pas de fleurs, de parfums, de vêtements, de ces apparats qui emprisonnent plus qu’ils n’embellissent. J’abhorre la superficialité des essences, je conchie tout à la fois l’âme de Guerlain, la blondeur de Gaultier et le règne du tissu imprimé, fût-il dégriffé ! Je voue aux mêmes fosses sceptiques Dior et Celio. Ces enseignes représentent bien pire que de malhonnêtes commerçants : elles sont une quintessence de l’absurdité de notre société qui construit ses jugements sur l’apparence, la couleur, les moyens, et en fin de compte qui emprisonne une soi-disant idée du « mauvais goût » dans un carcan de pauvreté et de misère intellectuelle. Les canons de la beauté m’effraient car rien de profond ne peut se construire sur de telles bases. C’est pourtant sur ce type de fondement que se bâtissent nos cultures décervelées. Burp !
 

Je ne veux pas de livres, avec ou sans image, pas plus que de CD, MD, DVD, HD, ou quelque sigle que ce soit. Ces objets ne s’adressent jamais qu’à leurs auteurs. Je comprends qu’étaler ses états d’âme sur un support quelconque coûte moins cher qu’une psychanalyse, mais le procédé m’exaspère au plus haut point. Et les artistes autoproclamés sont les pourvoyeurs de fonds de producteurs dépourvus de sens moral, qui font commerce de toute impudeur en flattant la curiosité morbide d’un public qui ne demande qu’à s’acquitter grassement du droit de s’identifier à des crétins, en pérorant dans les salons sur la pertinence poétique du dernier Houellebecq.


E

n fait, Cher Père Noël, je crois que je vous écris pour vous demander de m’oublier. Je ne veux rien. Un cadeau ne reflète jamais que l’ego de celui qui le fait. Un ego insalubre qui englue les individus dans un processus social avilissant. Le cadeau par tradition, par obligation. Le cadeau pour montrer nos bonnes œuvres, pour étaler nos bonnes âmes, pour se gratifier autant que pour se rassurer. Ce cadeau facile pour flatter et mettre en scène ses sentiments, fussent-ils feints. Le cadeau pour se mettre en valeur. Le cadeau futile. Pire, le cadeau vidé de son sens, le cadeau par habitude de consommation.
 

Les faiseurs de cadeau sont coupables ! Ils nous font croire à leur amour, à l’instant, et au bonheur possible. C’est un leurre. C’est une fausse piste, balisée de bien naïve façon. Il n’y a pas plus de générosité que d’empathie dans l’âme humaine. Il n’y a que des intérêts particuliers. Pourquoi croyez-vous que l’on vous aime, que l’on vous entretienne de la sorte ?

Qu’attendent les enfants, un barbu ou des cadeaux ?

Qu’attendent les parents, un vieil homme ou la réminiscence de leur enfance passée ?

Qu’attendent les marchands ? Avec quoi veut-on nous faire rêver, qu’à croire au Père Noël nous perdions toute notion de réalité !!

par Sylvaine Lacoze publié dans : Sylvaine cause dru
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Dimanche 28 janvier 2007

 

Ton départ a signé le vent du renouveau

Le chat se serpillière, le chien lèche le seau

J’ai banni de ma vie ton univers sordide

Ce souvenir m’est trop pénible

 

Mais comment ai-je pu vivre avec toi tout ce temps

J’y repense aujourd’hui et ça m’fait mal aux dents

J’ai viré ta photo qui polluait le salon

Elle me filait des boutons

 

J’ai encore mal à croire que j’ai pu t’supporter

Si ma vie est un four, tu es l’Ajax WC

Je n’comprends toujours pas ce qui m’a plu en toi

Je cherche… mais ne trouve pas

 

Ce n’est pas ta beauté : tu ressembles à une frite

C’n’est pas ta volupté, tu t’endors si vite !

Ni ton intelligence car tu en as autant

Qu’un adjudant

 

Évacue mon nuage avant de le salir

Trouve une autre trompette pour t’écouter hennir

Trouve un autre passe-temps qu’tu prendras dans tes bras

Une fois par mois

 

 

 

SL

par Sylvaine Lacoze publié dans : Sylvaine cause dru
commentaires (0)    recommander
Dimanche 31 décembre 2006

 

 

C’est la nouvelle année chrétienne, les bigots vont aligner des tombereaux de résolutions qui ne passeront pas janvier.

Ils vont se réunir en de grands rassemblements alcoolisés, ils vont engloutir en quelques heures plus de lipides qu’il n’en faudrait pour faire vomir l’Afrique, et à minuit, ô sombre culture de l’hypocrisie et du cynisme, ils vont se regarder bien au fond de leurs yeux humides et se souhaiter de façon sincère et convaincue une « bonne et heureuse année » sans aucunement prendre la réelle mesure de toute la crétinerie dont ils font preuve en cet instant précis. 

 

Mais en quoi serait-elle bonne cette année qui s’annonce, en quoi ces jours seraient-ils meilleurs que ceux qui les ont précédés ? Sera-ce le fait d’un magicien arrivé nuitamment sur la terre pour exaucer tout à trac nos vœux les plus sincères ? Allons-nous entrevoir la vérité ou nous confondre dans l’illusion ?

 

Quels outils avons-nous construits hier, qui nous permettent à présent de faire cette heureuse année, prospérité, sobriété, et si nous y parvenons, qu’en sera-t-il de nous ? Serais-je plus heureuse dans une année heureuse ? Y a-t-il un lien, une cause à effet ?

Et que nous souhaitons-nous vraiment lors de ces épanchements obscènes : du petit bonheur étriqué, fait de satisfactions personnelles et de convenances usées par le poids d’une culture amorphe et formatée à mort.

Un chapelet de plaisirs surannés que l’on égrène frénétiquement pour continuer à cacher nos doutes derrière des certitudes. 

 

Mais qu’en sera-t-il de notre monde lorsque nous nous serons souhaité une bonne et heureuse année ? Aura-t-il progressé sur la voie de la paix, de l’égalité, de l’équité sociale, du droit de chacun à vivre libre dans une société au service de tous les hommes et non au seul profit de quelques uns… tant que le monde tient.

 

Je dis tout cela par pur humanisme : je n’ai pas d’enfant à qui léguer ce monde. Ni d’amis d’ailleurs, ni personne à qui je tienne. Je n’use pas de sincérité de façade ni de bons sentiments inutiles. Et après moi, que m’importe après tout l’état de votre terre !

 

On peut bien continuer à s’empiffrer en se tapant sur l’épaule, on peut se donner du « mon ami », du « mon amour », et « toutes les choses que tu souhaites, tout l’amour que j’ai pour toi, reprends du vin c’est le sang d’un juif mort, prends de la bière c’est l’urine d’un moine errant, et surtout la santé (c’est le plus important !).

 

On peut continuer à faire la fête, j’en ai rien à foutre.

 

C’est juste que : ça m’énerve.

 

 

 

SL

par Sylvaine Lacoze publié dans : Sylvaine cause dru
commentaires (3)    recommander
Blog : Sport sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus