Mardi 18 mars 2008

Ce qui est correct politiquement peut-il être moral ?

Je sais que ces notions sont subjectives, mais en faisant un effort on peut y arriver.

Que signifie cette idée du « politiquement correct », aspergée à dose allopathique sur le beau vernis de discours policés servis à l’heure de la soupe populiste par des centristes aléatoires ?

Qu’est-ce d’autre qu’une figure rhétorique dans sa forme, et un oxymore dans la forme de son fond.

Pour ce qui est du fond du fond, juste le sens, quelque chose de solide, franc, et surtout de commun, sur lequel construire une communication raisonnée… on peut dire que le vide est endémique, qu’il emplit vastement le champ des possibles, laissant l’espace à toutes les interprétations. Ainsi chacun y posera sa lecture du monde, de façon à entendre le discours pour lequel il apprête ses oreilles à longueur de TF1.

La construction même de cette locution est significative de notre époque bénie entre toutes, où l’on noie les poissons en leur faisant croire depuis leur plus tendre âge alvinesque, qu’ils ne savent pas nager, ou du moins pas tout seuls, et surtout pas sans un équipement cher et clinquant.

Car au fond, que veut-on dire exactement à l’emploi de cette expression, « politiquement correct » ? Qu’une action politique est effectuée correctement ? Je ne le pense pas.

Le sens en est plutôt : l’énoncé  de cette chose qualifiée de « politiquement correcte » est acceptable car à présent acceptée par le plus grand nombre de nos concitoyens. L’individu politisant peut donc la formuler sans craindre les reproches de la masse pensante de ses compatriotes.

Plus que de politique, il y est question de communication, dans le sens primordial entre tous, celui du poil. Et c’est là que cette expression est signifiante.

Imaginez donc, même dans le langage, c’est-à-dire un pan essentiel de notre culture, la confusion est faite entre politique et communication. Car le sens, entendu à l’emploi de ce « politiquement correct », l’objet qui en réalité n’est « pas correct », est bien l’effet produit sur une population, la façon dont on pense qu’elle va réagir, en rapport avec une certaine idée morale qu’on lui prête. Il s’agit donc de conséquences symboliques, de la crainte d’une mauvaise image donnée plus que des effets réels, et absolument plus que des conséquences véritables vécues par la population en question, et quantifiables « physiquement ».

Pour s’en persuader, il n’est qu’à constater l’évolution de certaines mesures, qui furent considérées tour à tour correctes et incorrectes, selon le temps, l’heure, ou l’humeur de la période.

Par exemple la cigarette. Depuis quand sait-on qu’elle est d’une extrême nocivité ? De quand nomme-t-on « cancer du fumeur » le crustacé dévoreur de gorge et de poumons, le crabe mangeur d’homme ?

Pourtant c’est aujourd’hui que l’on impose des mesures visant à limiter la consommation du tabac. Et à coup de trique ! Nous savons depuis longtemps que fumer tue, mais imposer des restrictions aux fumeurs n’étant jusqu’à présent pas une idée acceptable. Au niveau social : l’administré ne doit pas ressentir de privation de sa petite liberté étriquée. Il doit rester libre de choisir sa mort et celle de ses colocataires. Et puis cette imagerie machiste du fumeur viril, cette valorisation par la gloire du garçon vacher américain libérateur de vieux continent, dispensée par les marchands de mort lente et cautionnée par la cotisation sécurité sociale, cet état d’esprit emprunt de beaufitude et de lobby économique s’accommode peu des restrictions dictée par la santé publique. Il vaut mieux diaboliser les fumeurs de hashish, que considérer le tabac comme une drogue dure ! C’est ça, le politiquement correct.

Mais aujourd’hui, la propagande a bien fait son œuvre. Le fumeur est stigmatisé, le non-fumeur a pris le pouvoir. Et dans cette société de la performance et de l’hygiène physique et mentale, le fumeur est devenu un cancer qu’il faut éradiquer, de préférence de façon visible. Il est à présent la personnification de toutes les mauvaises attitudes, le symbole du mauvais sujet. Il pue, il pollue, il coûte cher à la sécu, bref, il est le mal-vivre ensemble.
Il est politiquement incorrect !

La cigarette positive a vécu. Finie la pause détente, la clope sociale partagée entre amis autour d’une bière ou avec le café après un bon repas.
Exit la pipe à bon dieu qui embaume les couloirs de saveurs épicées.
Au rencard le Havane ou le cigarillo, que l’on déguste lentement comme un vin capiteux.
A la benne les fumeurs, salopeurs d’atmosphère. Le cancer passif est la nouvelle peste, la lèpre contemporaine aux bubons métastasiques. Pas de ça dans ma société de la correctitude, celle des trous du cul qui conchient les fumeurs le nez dans les gaz d’échappement. Mais c’est pas pareil. Les bagnoles, ça fait rêver les cons.

J’attends avec impatience le jour où les 4x4 seront à leur tour considérés par la masse silencieuse et votante, politiquement incorrects. Le jour où ces crétins engoncés dans la suffisance obscène de leurs vaisseaux énormes et inutiles seront à leur tour mis au ban de la société pour cause de pollution carbonique et mentale.

Mais pour voir ça, pour atteindre ce jour avec encore un peu de conscience, sans doute faut-il que j’arrête de fumer ?!

par Sylvaine Lacoze publié dans : Chroniques sociales
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Lundi 22 octobre 2007

 

A

ujourd’hui les grévistes ne font plus recette. Il faut dire qu’on nous a tellement martelé avec cette histoire de « culture française de la grève », de « peuple râleur crispé sur ses acquis ». Des nantis immobiles qui refusent la réforme et empêchent la croissance (de quoi ?) et l’adaptation de la société française (économique) au Monde Moderne Mondialisé vu qu’aujourd’hui c’est comme ça et pas autrement et on n’y peut rien et que le capitalisme installé il est plus fort que nous et que dans le fond, les grévistes, c’est quand même des cons.

 Durant les grèves de 1995, les grévistes, ils se battaient pour nous, pour tout le monde. La réforme de la sécurité sociale, ça c’était du combat, de l’universel. Alors on râlaient bien un peu, nous le peuple des usagers, mais on les soutenait quand même ces nantis qui peuvent se permettre de se mettre en grève parce qu’ils ont des statuts solides et un droit du travail qui les protège encore (de quoi ?).

Mais aujourd’hui, alors que la société n’a cessé de s’appauvrir, ils osent se battre pour eux, et rien que pour eux. Quel cynisme ! Ils n’ont pas honte, de vouloir poursuivre leur vie de façon décente, avec ces avantages que d’autres n’ont pas ! C’est quoi cette histoire de régime de retraite spécial ? Pourquoi conserveraient-ils un régime spécial obsolète acquis au siècle dernier ? Soyons sérieux, cela ne correspond à rien. Si encore ils étaient militaires, ou députés, ou sénateurs, ou administrateurs de grandes sociétés, ou journalistes, ou pilotes, ou avocats d’affaires, ou footballeurs, là je ne dis pas (quoi d’ailleurs ?). Mais là non, rien de tout ça ! 

A

lors baste, messieurs les nantis d’un autre temps. Les fonctionnaires, les bourgeois moyens, la masse du peuple imposé, il faut penser à ceux qui n’ont pas vos conditions, les précaires, les smicards, les vieux, les habitants des quartiers en difficulté (de quoi ?), il faut mettre tout ça à niveau, merde ! Et laissez passer les réformes, puisqu’on vous dit que c’est nécessaire au bien de tous ! Quoi, vous n’avez pas confiance ?

par Sylvaine Lacoze publié dans : Chroniques sociales
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Vendredi 24 août 2007

C’

est prostrée sur le balcon de ma location de vacances, transie d’effroi sur une chaise de camping, que je prends ce soir la plume. Peut-être pour la dernière fois. Demain, va savoir, le mal aura gagné et je serai comme eux !

 

Je les entends de mon balcon, cela ressemble à un bal de camping, la grande soirée disco organisée par le comité des fêtes ou l’amicale des joyeux pétanquistes en short.

 

Je les entends rire et frapper dans les mains au rythme d’une musique… mais peut-on appeler cela musique ? Une cadence électronique et lancinante qui résonne dans la nuit, et martèle le temps avec la finesse d’un tambour dans une galère.

J’entends le DJ hurler dans son micro au plus fort du refrain : « viens boire un p’tit coup à la maison » et les bronzés reprendre en chœur « à la maison ! ».

Je reçois de plein fouet leur prémaché de bonheur au travers de ma nuit. Il m’agresse.

 

Je les imagine frais sortis de la douche du soir, refluant le monoï et les vapeurs de déo-bille, se préparer pour se rendre à la langoustines party sur la place du marché. Je les vois gavés de mayonnaise et de vin de pays, transpirer déhanchamment sur des musiques tropicales parce que les négros, ils s’y connaissent quand même vachement en rythme (et à la course à pieds!).

 

Je n’ose pas me joindre à eux de peur d’accélérer le processus de contamination. Je le sens, jour après jour, ma garde baisse. Et parfois, je l’avoue, ce troupeau me fascine.

 

L

es premiers symptômes se manifestent. Aujourd’hui à la plage, j’ai acheté une glace à six boules et trente-huit centimètres, avec supplément chantilly. Je l’ai mangée sur la promenade en regardant les voitures passer. Un défilé de grosses clinquantes, de 4x4 rutilants, de cabriolets flambant neuf, de berlines allemandes surpuissantes, de petites citadines nerveuses intérieur cuir… et je me suis dit « alors, laquelle tu préfères ? »

Heureusement j’ai vomi avant de répondre. La glace était tiède et la chantilly gonflée aux glucides synthétiques.

 

Plus loin se tenait un concours d’enfants obèses. Les candidats étaient alignés, debout sur un banc, vêtus d’un slip de bain Décathlon  et d’un T-shirt mouillé. La gagnante, une charmante lolita de 11 ans pour soixante-douze kilos, a remercié ses parents qui l’ont toujours soutenue, et sans qui elle ne serait jamais devenu la jolie petite truie qu’elle est aujourd’hui.

Puis ils l’ont portée en triomphe, avant de rejoindre la langoustines party.

 

Je reste sur mon balcon à attendre la petite mort. Je suis seule, j’ai peur.

Pire : j’ai faim.

Et j’aime ça, la langoustine grillée !

SL

par Sylvaine Lacoze publié dans : Chroniques sociales
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Vendredi 6 juillet 2007

 

J

e suis surexposée. Je prends chaque jour les transports urbains. Et chaque jour mon regard croise un nombre incalculable d’affiches publicitaires. Les compter tiendrait du sacerdoce.

Une station du métro parisien est un panneau d’affichage géant que traversent des rails. Les couloirs du métro idem, traversés par des gens. Les quais de gare de banlieue  des enfilades de panneaux d’affichages entre lesquels les voyageurs transitent.

Le long des routes, sur le passage des voitures, des trains, des nuées de citoyens-consommateurs : des panneaux, des affiches, des panneaux, des affiches, des panneaux, des affiches, des panneaux, des affiches, des panneaux, des affiches, des panneaux, des affiches, des panneaux, des affiches… et des affiches. Vous avez vu, c’est pauvre en vocabulaire non ? Pauvre et pauvre et pauvre et pauvre et pauvre et pauvre et pauvre et pauvre et pauvre et pauvre et pauvre et pauvre … de nous.

 

Sur ces affiches, des images à rêver. Des promesses de lendemains ponctuels, faits de puissance, de volupté, et de lecteurs MP3 bon marché pour écouter toute cette musique téléchargée illégalement grâce aux tarifs hors concurrence de nos joviaux fournisseurs d’accès.

Ce que je reproche aux panneaux publicitaires : polluer mon environnement visuel et mental, en m’incitant moi et mes congénères à vivre et à croire en un monde qui n’existe pas, la société féerique des bisounours à crédit. Le monde enchanté du pollueur-pollueur, du crétin heureux, de l’imbécile volontaire, patenté, indivisible et imposable.

  

A

 son niveau de crétinerie panurgique, chaque affiche a valeur de cas d’école. Mais il en est une qui récemment m’interpella d’une façon si soudaine, si directe, et surtout qui le fit si clairement, que je me demande encore si les concepteurs de cette publicité sont réellement cyniques, ou absolument idiots. Bref, quel peut donc être le degré de conscience (quelle éthique ?) qui anima Dunœud lorsqu’il pondit pareille stupidité !

Je m’essplique

 

 C’est une publicité pour une chaîne de télévision pour enfants, genre Canal J, donc la chaîne avec des dirigeants assez cons pour payer probablement très cher le droit de nous asséner ce genre de message merdique comme une insulte à notre intelligence.

On y voit une gamine d’une dizaine d’années exprimer lââssement un dédain agacé, peut-être son mépris, à un adulte (son père) qui s’épuise à tenter de la distraire en grimaçant stupidement, une asperge pendant à chacune de ses narines (donc 2 asperges, l’homme n’étant pas un mutant).

La légende qui donne son sens à ce tableau incongru et délivre le message, s’inscrit en caractères gras et ambitieux  au bas de l’image : « vos enfants méritent mieux que ça ! »

 

Et moi je me demande : mieux que quoi ?

Qu’un père qui s’échine, à tenter bêtement d’entrer en communication avec sa fille, avec sa manière gauche et visiblement incessante.

Qu’un idiot complètement dévalorisé par cette image suscitant son ridicule ostentatoire. Il veut quoi ce débile, faire rêver sa fille ! Mais il y a des professionnels pour ça. Il y a la télé quand même, Canal J, c’est pas pour les chiens !

 

A ce titre il faut parler de la fille, parce que si la père est une caricature, elle, est un symbole, une icône. Un peu boulotte bien sûr, les crétins ne font pas des poupées Barbie, et puis on cause TV, donc chips, pop corn, passivité glycémique et frénétique sur la banquette. Donc un peu « p’tite grosse », mais habillée kinder-fashon victime consommatrice jeune idéale, on peut être boulotte ET à la mode. Grosse ET conne me dis-je, oubliant tout à coup qu’elle n’avait que 10 ans.

Et cette apparence de « gamine branchée » avec son petit sac à main et son pantacourt à franges, accentue encore le mépris qu’elle affiche à ce père débraillé sentant la transpiration, trop has been, et pathétique

 

Voilà le message délivré aux enfants. Vous méritez mieux que ça ! Vous méritez mieux qu’un père : les programmes de la télé. Et ça, c’est la société dans laquelle je vis. Bien, j’en prends note. Mais je m’insurge !

Pour qui me prend-on, à me mettre ce genre de message sous les yeux, car il m’est destiné autant qu’à tous les gens qui passent ? Que vais-je devenir si je me mets à croire les promesses de l’imagerie publicitaire ? Aurai-je assez de recul (ture) pour conserver mon libre-arbitre ? Si je n’ose plus me mettre les asperges ailleurs que dans la bouche !

 

Je m’insurge et je proclame : Tout cela est mensonge !!!

Une preuve ?

Essayez de vous mettre une asperge dans chaque narine. Vous imaginez un gamin voyant ça, qui vous regarderait sans rire, avec le dédain affiché par la petite grosse, qui la pauvrette, un peu crispée, pouffait intérieurement.




Une autre affiche de la compagne Canal J déclinée sur le même thème, ici un grand-père qui exhibe son dentier pour faire rire une planche à roulettes

image-pub-canalj.gif

J'ai pas trouvé celle avec les asperges sur le net

par Sylvaine Lacoze publié dans : Chroniques sociales
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Samedi 9 juin 2007

 

E

n fait, je ne vais pas parler.

Je voulais causer politique, et puis non.

 

 

D’abord, je ne sais plus quoi dire. Parce qu’à tous les coups, je me sens seule. Seule avec une image qui s’effrite, une opinion trempée, certes, mais noyée. Trempée dans un bassin sans fond, et sans horizon. Je ne crois pas avancer, je dois faire autrement.

Ou alors je dois confronter, encore, ressasser, remanier, remettre les idées sur le fil du rasoir, et tourner septante fois l’épée dans ma bouche avant d’avancer sur un chemin quelconque. Je dois prendre le temps. Mais de quel temps disposé-je ?

 

 

 

Q

uel temps fait-il à réfléchir, quel temps m’est imparti qui n’est pas terminé ? Et réfléchir c’est joli, mais sur quelle base, à partir de quels éléments ?

Je me sens seule car j’ai la sensation qu’il me faut d’abord chercher les abscisses, trier le grain, l’ivraie, et le non-sens avant d’enfin pouvoir me mettre à réfléchir. C’est un peu le labyrinthe des sens, le parcours du combattu d’avance.

Parce que je ne veux pas construire mon opinion privée sur les labours de grandes vérités d’une soi-disant « opinion publique ». Je refuse de bâtir ma réflexion sur la base d’un consensus. Il n’est de vérités indiscutables que celles des censeurs. Et la censure aujourd’hui, a changé de costume. Mais elle est bien présente et toujours si obscure, violente, et nauséabonde. Je parle de l’autocensure, la pire des chiennes de Mars : des journaux, organes de presse, relais de la pitié, de cette information triée par des médias défectueux, du pouvoir de journalistes et de rédactions prompts à traiter l’information sous le joug de lignes éditoriales dont point tu ne dérogeras petit scarabée.

 

Une ligne éditoriale c’est une manière de faire, de présenter les choses, une analyse particulière aunée d’éléments forts et récurrents. C’est une ligne politique sous-entendue vers laquelle les analyses doivent tendre. C’est enfin un ton, car une certaine société intellectuelle aime les bons mots et envisage l’impertinence comme un signe d’intelligence. Une (fausse) impertinence de forme plus que de fond. Du coup le sens du discours est remisé à l’état de faire-valoir d’une figure rhétorique, un humour dialectique qui rassure le bourgeois de la pensée. 

 

 

 

M

ais ensuite ? L’individu, le témoignage, l’acte social individualisé ayant valeur de symbole, de sujet et non d’exemple, quel relais lui accorde-t-on ? Où l’entendre, si ce n’est isolé dans la marge, noyé dans le nombre, et souvent amputé pour entrer, justement, dans une ligne éditoriale. Amputé par le rédacteur lui-même afin d’être publié, afin de faire partie d’un groupe, d’une élite, afin d’avoir sa part de miettes… Là est l’autocensure.

 

De quelle société sommes-nous dépositaires ? Quel est notre héritage, qui en sont les notaires ? Et jusqu’où aller dans la métaphore avant d’être taxé de populisme ? Mais il est tellement plus facile de poser des questions, que d’élaborer des éléments de réponse !

Savoir ne rien savoir, et prendre le risque de se tromper… mais rester actif, acteur de ce monde. Jeter des idées, se livrer en pâture, juste pour rebondir et tracer une bribe d’un morceau de soupçon de sens social. Une base saine qui n’est pas fondée sur un mensonge, où l’on se rencontre pour envisager sincèrement le monde, la pluie ou le beau temps, mais en toute liberté et libéré de tout programme.

 

 

C

’est vrai,  j’allais causer politique. Et puis non.

Et puis si : je rêve d’une société où les individus ne sont ni consommateurs, ni panélisés. Juste des citoyens, ayant un brin de sens commun.

 

SL

par Sylvaine Lacoze publié dans : Chroniques sociales
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Mercredi 30 mai 2007

J

e m’étonne chaque jour d’avantage du fonctionnement de mes semblables, mes congénères, mes voisins, mes frères humains, mes presque moi, mais pas trop quand même.

Je m’étonne de tant de stupidité béate, ou alors c’est moi !

Mais bon, je veux bien prendre ma part des maux de ce monde, j’accepte de passer mon habit de conne de service, après tout il me va si bien malgré cet élastique barbelé qui me laboure les hanches (c’est de ma faute, j’ai grossi). Mais que chacun assume ses propres égarements, sans manières ni simagrées, sans se prendre pour un héros ou un martyr, ces deux breuvages issus du même tonneau.

 

Alors oui, je suis une verrue. Je suis antipathique, geignarde, égoïste, et solitaire. Ma famille me fuit et le nombre de mes amis fond inexorablement. Certes. Mais moi, je reste dans mon champ. Je ne m’étale pas chez mes voisins si je n’y suis pas invitée. Je cultive mes chardons et mes ronces dans mon jardin et je n’oblige personne à venir s’y écorcher. Je suis une garce microsociale et mon rayonnement est microlimité.

 

Là, je plante le décor. Facile, me dira-t-on (quand ?), je parle encore de moi.

Mais non, bande d’ascètes cognitifs, je compare. Je commence par moi parce qu‘après, je vais critiquer. Aussi m’affublé-je des oripeaux que je vais dénoncer, afin de balayer à midi, devant ma porte.

Je mets ma blouse en quelque sorte, avant d’aller au turbin.

 

J

e l’avoue en effet, mais est-ce un aveu, qui me pendra ?

Je suis stupéfaite ! Chaque jour j’entrevois un peu plus le vide de ma société humaine. Mon organisation des hommes. Eh oui, il faut s’y faire, je suis un Homme, malgré mes humeurs et mes ovaires, car dès que l’on dit « les Hommes » cela inclue « les femmes ». Mais on pourrait dire « les Cons » sans aucunement contredire de réalité historique. Ils sont si stupides ! Et plus ils sont civilisés, plus ils sont stupides.

Donner des exemples, c’est faire de la politique. Et il faut se recentrer. Je ne peux tout de même pas partir de mon exemple pour parler de l’humanité en feignant de croire que les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit, que les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune, utilité commune dont les limites sont aujourd’hui dessinées non pas autour du plus grand nombre, mais des principaux actionnaires qui sont les réels moteurs de croissance et créateurs d’emplois. C’est bien le discours ambiant, non ?

 

D

’ailleurs à ce propos, puisqu’on ne parle pas politique, je repensais récemment à l’ascension fulgurante de notre désormais président de la république M. Sarkozy, et notamment à cette formidable machine à communiquer qu’il a mise en place depuis son arrivée au ministère de l’intérieur en 2002 (1) en relisant l’article 12 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen :

« La garantie des droits de l’homme et du citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée. »

 

Et après c’est moi la conne ?!?

 

 

SL

 

(1) à ce propos je vous conseille grandement la lecture de l’œuvre salutaire de Philippe Squarzoni : « DOL » aux éditions Requins Marteaux 

par Sylvaine Lacoze publié dans : Chroniques sociales
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Dimanche 15 avril 2007

J

e ne sais pas si j’ai eu des amis. De toute façon, je n’en ai plus.

Je crois avoir déjà noué des relations fortes avec certaines personnes, durant certaines périodes de ma vie. Des relations sans doute amicales, où les mots sont simples et la confiance établie. Après tout on a 15 ans !

Parce qu’ensuite, les ennuis commencent. Après, il faut se débattre dans un environnement mâle. La loi d’Achille Talion de la jungle, en quelque sorte.

 

Alors les potes, les relations, les amis ! La question à se poser, c’est de savoir à quoi ils vont nous servir ! Qu’as-tu dans ta besace mon ami, qui serve mes desseins ?

Mais je ne parle pas que de spéculation, ou de calcul visant à m’apporter une plus-value matérielle ou statutaire. Lorsque je demande à quoi vont me servir mes amis, c’est que je les considère dans leur entièreté et leur intégrité, et j’attends de cette relation qu’elle m’enrichisse. C’est n’est pas une relation de superficie, un lien à la petite semaine, qui ne signifie rien de plus que deux cons qui se croisent dans un lieu con.

 

Non, mon amitié, c’est du lourd !

Et tu ne vas pas t’en sortir comme ça ! C’est que j’ai des exigences, et je veux du concret. Entre nous pas de jalousie, pas de préjugé. Pas de mesquines histoires de sommeil ou de pingrerie lorsque je te sonne dans la nuit pour t’emprunter de l’argent ! Pas de vains calculs pour m’éviter lors des fêtes d’anniversaire. Et puis de la réserve, de l’attention, du respect s’il vous plait, l’amitié véritable ménage ma personne. Elle prend garde à mon intégrité. Elle ménage mes libertés, ne me demande rien, bref, elle me fout la paix.

 

Une amitié, c’est avant tout deux êtres. Et c’est au bas mot, un de trop.

 

On bien il n’en faut rien attendre.

 

SL

par Sylvaine Lacoze publié dans : Chroniques sociales
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Samedi 17 mars 2007

 

 

J

e suis toujours abasourdie d’entendre les hommes politiques, qui comme chacun sait sont des femmes comme vous et moi, comme tout le monde en somme ; de les entendre user de cet argument inique et le plus indubitablement populismatique : « ce que veulent les français ».

Ce doit être un défaut de langage, ou un verbiage technique issu du jargon de la profession. « Voyons ce n’est pas cela que veulent les français ! » et « ce qu’ils veulent je vais vous le dire ».

La phrase la plus utilisée par les candidats au suffrage national ! Et j’ai le sentiment que celui qui la prononce ne fait pas partie de cette masse, ces « français », une nébuleuse qui englobe tout donc qui ne définit rien. Car enfin, que veut celui qui me dit ce que je veux en me pointant de son long doigt manucuré ?

 

Certains vont plus loin, et parlent de ce dont les français ont besoin, voire, ce dont la France a besoin. Là, on touche au sublime.

 

J’ai l’air de me moquer, de railler les valeurs et d’envisager le discours des hommes politiques (qui sont des femmes etc.) par le prisme de la dérision, ce qui on nous le répète ne fait que décrédibiliser l’action politique modérée et encourager le vote aux extrêmes, surtout la droite.

Mais en fait pas du tout. Je ne me moque pas de mon ennemi lorsque je le nomme. Je l’identifie. Et tout candidat qui parle au nom de « ce que veulent les français » est mon ennemi. Parce que je suis française.

C’est un état dont je ne tire rien car il m’indiffère de la plus totale des manières. Mais cela est. Et cet homme (qui est une femme qui porte une cravate) prétend savoir ce que je veux, ou même m’apprendre ce dont j’ai besoin.

 

Je me demande alors :

1-     Qui lui a dit ?

2-     Qui sont donc ces français qui veulent la même chose que moi ?

3-     Qui est cet homme en tailleur Chanel ?

 

Et je me risque à répondre :

1-     Les sondages d’opinion.

2-     Une vaste humanité considérée en troupeau.

3-     Une femme avec des couilles, ce qui ne signifie pas qu’elle est courageuse, mais qu’elle présente une malformation certaine.

 

T

out d’abord, je doute de sa capacité à m’apporter ce que je veux, et au-delà de mes envies ce dont « ses français » ont besoin. Quelle prétention ! S’accorder la connaissance de nos besoins. S’ériger une espèce d’érudité omnipotente. Mais d’où tenez-vous cette connaissance de vos compatriotes administrés ? Des sondages d’opinion. Ces mêmes enquêtes qui nous affirmaient en 2002 que la sécurité était la première préoccupation des français, qui nous promettaient en avril un duel Chirac / Jospin avec une victoire du chevelu ? Ces formidables sociétés qui en interrogeant 1.000 personnes sont capables d’en décrire 60 millions sans bouger un sourcil. Faire et refaire l’opinion… la démocratie par l’exemple.

 

Les intellectuels civils ou énarques, qui utilisent les sondages en affirmant leur véracité scientifique sont soit des illuminés, soit des escamoteurs. Car enfin, sur quoi repose le bien-fondé des sondages, si ce n’est sur la représentativité des sondés. Voilà, la représentativité, le mot est lâché. 1.000 personnes qui représentent la population française, avec nous dit-on une marge d’erreur de plus ou moins 2 c'est-à-dire un différentiel de 4 en deçà duquel on ne peut strictement rien dire, si ce n’est qu’on n’en sait rien !

 

Et puis même cette pseudo représentativité toute modérée soit-elle, où est-on allé la pêcher ? Que veut-elle nous dire au juste ? Que nous faisons partie de groupes, d’ensembles déterminés par notre origine, notre adresse, notre profession ! Les instituts de sondages seraient donc des baromètres sociologiques. Mais surtout, ils ne servent que ceux qui s’en servent. Et ils disent ce que le client a envie d’entendre. Sinon comment expliquer qu’à chaque élection les préoccupation n°1 des français changent au gré des candidats qui occupent le devant des médias : est-ce l’insécurité, le pouvoir d’achat, le chômage, l’éducation, l’emploi des jeunes ou la réduction du train de vie de l’état. Faut voir, qui commande le sondage ? Il faut que le client en ait pour son argent. Mais il y aura toujours une bonne question à poser, une bonne préoccupation avec de grosses godasses aux pieds, qui puisse justifier les beaux programmes servis pour le dessert.

A table !

 

S.L

par Sylvaine Lacoze publié dans : Chroniques sociales
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Jeudi 15 février 2007

D

ans cette société protoforme et correctophile, il est de bon ton d’être manichéen, de ne pas voter aux extrêmes, de respecter les valeurs de la famille, du travail, de la nation, et d’aimer l’Enfant.

 

Je ne dis pas aimer les enfants car à écouter nombre de mes voisins, certains feraient bien de passer quelque temps dans un centre fermé pour racaille mineure avant de prétendre correctement à notre amour.

Non, les enfants, ça englobe trop de choses réelles, trop de vraies vies des vrais gens qui vivent ensemble dans les vraies villes, les vrais quartiers, les vrais villages, les vrais déserts industriels, les vraies jachères culturelles.

Les enfants, ça personnalise le propos, ça engage concrètement.

 

Avec l’Enfant, et le E majuscule est là pour souligner le caractère universel, on est pile dans le bon sentiment non négociable, l’humanité à la portée de tous.

Comprenez, l’Enfant est innocence et pureté. Il est inventif et naïf, et n’a jamais conscience de sa méchanceté envers les binoclards faibles dans la cour de récréation. Et puis il ne peut pas se défendre contre les mauvaises intentions des mauvais adultes.

Mais surtout, l’Enfant est notre avenir. Il est l’adulte de demain. C’est pourquoi nous devons aujourd’hui lui permettre de se construire une correcte citoyenneté. Il est à ce titre assez étonnant de nos sociétés humaines, de faire si grand cas de ces adultes en devenir sans aucunement se soucier du monde dans lequel ils devront vivre. Il ne faudrait pas que nos belles idées ne nuisent à notre petit confort présent. Il s’agit en fait d’un respect de façade, d’un amour de surface, de sentiments assénés, formatés, compatibles avec la bonne conscience. Mais au fond, on ne se donne pas les moyens de nos intentions. Nous pétrissons nos bons sentiments, nous malaxons nos bêtes idées sur tout et nous régurgitons une culture aseptisée faite de préjugés de morale et de prérequis d’amour. L’essentiel n’est ni la sincérité, ni le réalisme.

L’essentiel, c’est la correctitude, la correcte attitude.

 

Quoi de plus important que les enfants ? Ils remplissent tant nos vos vies… nos vides ! Et si on n’en a pas, on est prié de ne pas gâcher le plaisir. On est prié d’acquiescer, de se montrer humble, discret et un peu envieux. On est prié de s’intéresser aux conversations, de partager les petits malheurs et les grands bonheurs, de se fondre amicalement dans le déroulé de ces anecdotes qui ne finit jamais de polluer les conversations consenties des adultes consentants.

 

Oui l’Enfant est l’avenir de l’Homme.

Mais dans le présent, c’est une plaie.

 

L

orsque je me rends à une soirée (parfois) ou un repas entre amis (ça devient rare), je demande toujours s’il y aura des enfants, et leur âge.

S’il est seul et calme, ça peut se gérer avec un bon lecteur DVD. Mais au-delà je m’impose une règle simple : en dessous de 14 ans, je décline l’invitation. En général les enfants me regardent en pleurant s’ils ont moins de 6 ans, et s’ils ont plus ils se marrent. Je ne suis ni un monstre, ni un clown. Du coup ça occupe les adultes toute la soirée, surtout les parents qui se sentent obligés de se rompre en excuses ce qui est simplement insupportable.

 

Au-dessus de 14 ans, c’est différent. Ce sont des ados, et c’est beaucoup plus drôle.

Physiquement d’abord. Tous ces boutons humides et blancs, ces membres disproportionnés, ces gestes gauches, ces barbes et ces poitrines exhibées fièrement comme les attributs de la marche franchie, attributs dérisoires et en général mal placés. Et cette voix qui se cherche, ces idées stupides… oui vraiment l’adolescence est un spectacle.

 

Et puis l’adolescent est en révolte. Il ne veut rien, n’est jamais content sauf à faire chier ses parents. Et ça le rend éminemment sympathique. Il n’est qu’à voir la tête de J.P lorsque son fils de 17 ans se trouve dans la même pièce que lui, qu’à l’entendre éructer sa haine de cette jeunesse vandale et assistée, pour comprendre instantanément mon propos.

C’est toujours un grand plaisir d’écouter des adolescents contredire systématiquement leurs parents et professeurs, avec force, véhémence, sans rien céder, quitte à s’enfoncer dans une argutie inepte, dans une bêtise crasse, mais toujours avec cette fougue propre à cet âge qui semble nous dire : « Mais moi je suis jeune. Vos belles paroles, vos discours de vieux gardez-les pour les vieux. Moi, ma jeunesse elle vous emmerde et contre ça, vous ne pouvez rien ! »

 

Les adolescents sont vraiment des animaux sympathiques.

 

 

SL

 

par Sylvaine Lacoze publié dans : Chroniques sociales
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Dimanche 21 janvier 2007

 

Malgré une amabilité proche de celle du pitbull de Goering, je fus cet hiver invitée par un groupe d’individus se réclamant de mes amis à partager une semaine de vacances dans un chalet savoyard. Vous imaginez la surprise !

Moi la râleuse, la pimbêche, l’insatisfaite chronique, la pessimiste irrémédiable, la bêcheuse patentée, voire, la conne de service, moi qui suis capable de pourrir même une soirée chez les bisounours… ils m’invitent à passer une semaine avec eux ! Mais invitez Machiavel directement !

Il passe parfois de drôles d’idées dans la tête des gens.

Qu’est-ce qui a bien pu vous conduire à imaginer un truc pareil ?! M’inviter à partir en vacances avec vous, et du même coup envisager de passer une semaine avec moi ! Mais quand vous m’aurez croisée une fois au réveil, que vous aurez tâté de mon haleine matinale et de mon humeur d’avant café (la pire de la journée, j’adore), quand vous m’aurez entendue dénigrer systématiquement toutes vos initiatives, que je vous aurai contredit dans toutes les conversations, mais vous n’aurez qu’une envie : me désintégrer et envoyer mes atomes se faire moléculer dans une fosse sceptique ! 

Mais non, me disent-ils en chœur, comme s’ils avaient préparé l’entretien, on sait bien qu’au fond tu n’es pas le monstre que tu te plais à camper. Et puis tu sais on est dans le même chalet, mais chacun vit sa vie. On n’est pas obligé de rester collés les uns aux autres. Chacun paie sa part, et après tu peux très bien te laver les dents avant de descendre déjeuner. Et si t’as pas envie de faire la bouffe, tu feras la vaisselle. Et puis quoi, merde, un peu de collectivité ça te fera pas de mal, t’es tellement chiante avec ton caractère à la con. On n’est pas encore parti que tu commences déjà à nous emmerder. Ben ça va être gai ces vacances. Moi j’étais pas d’accord pour qu’elle vienne, je vous avais prévenu. Mais non ! « La pauvre, elle est toute seule, ça lui changera les idées… » Mon cul !! J’pars pas en vacances pour faire du social. Et j’en ai rien à péter qu’elle ait des gros nichons. Les pétasses, c’est pas c’qui manque à Megève.

Le bougre a réussi à me convaincre. Après tout, une petite semaine de fraîcheur dans cette morosité quotidienne ! Il faut parfois prendre sur soi, et entendre la réelle humanité lorsqu’elle émane d’un ami sincère. Pour un peu, je serais tombée amoureuse. Mais ça m’aurait fait trop plaisir…


SL

par Sylvaine Lacoze publié dans : Chroniques sociales
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