Ce que français veulent
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e suis toujours abasourdie d’entendre les hommes politiques, qui comme chacun sait sont des femmes comme vous et moi, comme tout le monde en somme ; de les entendre user de cet argument inique et le plus indubitablement populismatique : « ce que veulent les français ».
Ce doit être un défaut de langage, ou un verbiage technique issu du jargon de la profession. « Voyons ce n’est pas cela que veulent les français ! » et « ce qu’ils veulent je vais vous le dire ».
La phrase la plus utilisée par les candidats au suffrage national ! Et j’ai le sentiment que celui qui la prononce ne fait pas partie de cette masse, ces « français », une nébuleuse qui englobe tout donc qui ne définit rien. Car enfin, que veut celui qui me dit ce que je veux en me pointant de son long doigt manucuré ?
Certains vont plus loin, et parlent de ce dont les français ont besoin, voire, ce dont la France a besoin. Là, on touche au sublime.
J’ai l’air de me moquer, de railler les valeurs et d’envisager le discours des hommes politiques (qui sont des femmes etc.) par le prisme de la dérision, ce qui on nous le répète ne fait que décrédibiliser l’action politique modérée et encourager le vote aux extrêmes, surtout la droite.
Mais en fait pas du tout. Je ne me moque pas de mon ennemi lorsque je le nomme. Je l’identifie. Et tout candidat qui parle au nom de « ce que veulent les français » est mon ennemi. Parce que je suis française.
C’est un état dont je ne tire rien car il m’indiffère de la plus totale des manières. Mais cela est. Et cet homme (qui est une femme qui porte une cravate) prétend savoir ce que je veux, ou même m’apprendre ce dont j’ai besoin.
Je me demande alors :
1- Qui lui a dit ?
2- Qui sont donc ces français qui veulent la même chose que moi ?
3- Qui est cet homme en tailleur Chanel ?
Et je me risque à répondre :
1- Les sondages d’opinion.
2- Une vaste humanité considérée en troupeau.
3- Une femme avec des couilles, ce qui ne signifie pas qu’elle est courageuse, mais qu’elle présente une malformation certaine.
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out d’abord, je doute de sa capacité à m’apporter ce que je veux, et au-delà de mes envies ce dont « ses français » ont besoin. Quelle prétention ! S’accorder la connaissance de nos besoins. S’ériger une espèce d’érudité omnipotente. Mais d’où tenez-vous cette connaissance de vos compatriotes administrés ? Des sondages d’opinion. Ces mêmes enquêtes qui nous affirmaient en 2002 que la sécurité était la première préoccupation des français, qui nous promettaient en avril un duel Chirac / Jospin avec une victoire du chevelu ? Ces formidables sociétés qui en interrogeant 1.000 personnes sont capables d’en décrire 60 millions sans bouger un sourcil. Faire et refaire l’opinion… la démocratie par l’exemple.
Les intellectuels civils ou énarques, qui utilisent les sondages en affirmant leur véracité scientifique sont soit des illuminés, soit des escamoteurs. Car enfin, sur quoi repose le bien-fondé des sondages, si ce n’est sur la représentativité des sondés. Voilà, la représentativité, le mot est lâché. 1.000 personnes qui représentent la population française, avec nous dit-on une marge d’erreur de plus ou moins 2 c'est-à-dire un différentiel de 4 en deçà duquel on ne peut strictement rien dire, si ce n’est qu’on n’en sait rien !
Et puis même cette pseudo représentativité toute modérée soit-elle, où est-on allé la pêcher ? Que veut-elle nous dire au juste ? Que nous faisons partie de groupes, d’ensembles déterminés par notre origine, notre adresse, notre profession ! Les instituts de sondages seraient donc des baromètres sociologiques. Mais surtout, ils ne servent que ceux qui s’en servent. Et ils disent ce que le client a envie d’entendre. Sinon comment expliquer qu’à chaque élection les préoccupation n°1 des français changent au gré des candidats qui occupent le devant des médias : est-ce l’insécurité, le pouvoir d’achat, le chômage, l’éducation, l’emploi des jeunes ou la réduction du train de vie de l’état. Faut voir, qui commande le sondage ? Il faut que le client en ait pour son argent. Mais il y aura toujours une bonne question à poser, une bonne préoccupation avec de grosses godasses aux pieds, qui puisse justifier les beaux programmes servis pour le dessert.
A table !
S.L
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