Rimembert
Je me souviens d’un temps où les poules volaient. Elles vagabondaient et perçaient les nuages : c’était mardi, il pleuvait.
Je me souviens d’un train qui roulait vers le sud. C’était un beau roman, couverture griffée et papier haut vélin, qui nous racontait une bien piètre histoire.
Je me souviens d’un mur bleu comme une mer d’été sans nuage. Des idiots l’avaient peint, mais ils sont tombés. Lui aussi.
Par contre, j’ai oublié notre peau, nos dents, nos rires et nos aisselles, et le bruit qu’elles faisaient lorsqu’elles tombaient dans l’eau.
Je me suis toujours baignée nue, et la fenêtre ouverte.
Je me souviens, enfant, de mes rêves, mais aujourd’hui nenni, néant. Les rêves d’enfant couvrent nos bruits nos hommes.
Je me souviens aujourd’hui que je rêvais hier. Je suis partie, j’ai perdu mes images. Je suis fate à présent. Et j’ai faim.
Je noyais un jambon au flanc d’une montagne mais je n’avais pas froid. L’Amérique, est à ce prix.
Et la mémoire, la mémoire, que me coûtera-t-elle ?
Je suis assise sur une putain noire, et j’ai encore faim.
Ma vie s’arrêtera-t-elle avec la mort ?
Sans doute, patron, puisque ça glisse.
Patron, monte le son.
SL
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