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Mardi 18 mars 2008

Ce qui est correct politiquement peut-il être moral ?

Je sais que ces notions sont subjectives, mais en faisant un effort on peut y arriver.

Que signifie cette idée du « politiquement correct », aspergée à dose allopathique sur le beau vernis de discours policés servis à l’heure de la soupe populiste par des centristes aléatoires ?

Qu’est-ce d’autre qu’une figure rhétorique dans sa forme, et un oxymore dans la forme de son fond.

Pour ce qui est du fond du fond, juste le sens, quelque chose de solide, franc, et surtout de commun, sur lequel construire une communication raisonnée… on peut dire que le vide est endémique, qu’il emplit vastement le champ des possibles, laissant l’espace à toutes les interprétations. Ainsi chacun y posera sa lecture du monde, de façon à entendre le discours pour lequel il apprête ses oreilles à longueur de TF1.

La construction même de cette locution est significative de notre époque bénie entre toutes, où l’on noie les poissons en leur faisant croire depuis leur plus tendre âge alvinesque, qu’ils ne savent pas nager, ou du moins pas tout seuls, et surtout pas sans un équipement cher et clinquant.

Car au fond, que veut-on dire exactement à l’emploi de cette expression, « politiquement correct » ? Qu’une action politique est effectuée correctement ? Je ne le pense pas.

Le sens en est plutôt : l’énoncé  de cette chose qualifiée de « politiquement correcte » est acceptable car à présent acceptée par le plus grand nombre de nos concitoyens. L’individu politisant peut donc la formuler sans craindre les reproches de la masse pensante de ses compatriotes.

Plus que de politique, il y est question de communication, dans le sens primordial entre tous, celui du poil. Et c’est là que cette expression est signifiante.

Imaginez donc, même dans le langage, c’est-à-dire un pan essentiel de notre culture, la confusion est faite entre politique et communication. Car le sens, entendu à l’emploi de ce « politiquement correct », l’objet qui en réalité n’est « pas correct », est bien l’effet produit sur une population, la façon dont on pense qu’elle va réagir, en rapport avec une certaine idée morale qu’on lui prête. Il s’agit donc de conséquences symboliques, de la crainte d’une mauvaise image donnée plus que des effets réels, et absolument plus que des conséquences véritables vécues par la population en question, et quantifiables « physiquement ».

Pour s’en persuader, il n’est qu’à constater l’évolution de certaines mesures, qui furent considérées tour à tour correctes et incorrectes, selon le temps, l’heure, ou l’humeur de la période.

Par exemple la cigarette. Depuis quand sait-on qu’elle est d’une extrême nocivité ? De quand nomme-t-on « cancer du fumeur » le crustacé dévoreur de gorge et de poumons, le crabe mangeur d’homme ?

Pourtant c’est aujourd’hui que l’on impose des mesures visant à limiter la consommation du tabac. Et à coup de trique ! Nous savons depuis longtemps que fumer tue, mais imposer des restrictions aux fumeurs n’étant jusqu’à présent pas une idée acceptable. Au niveau social : l’administré ne doit pas ressentir de privation de sa petite liberté étriquée. Il doit rester libre de choisir sa mort et celle de ses colocataires. Et puis cette imagerie machiste du fumeur viril, cette valorisation par la gloire du garçon vacher américain libérateur de vieux continent, dispensée par les marchands de mort lente et cautionnée par la cotisation sécurité sociale, cet état d’esprit emprunt de beaufitude et de lobby économique s’accommode peu des restrictions dictée par la santé publique. Il vaut mieux diaboliser les fumeurs de hashish, que considérer le tabac comme une drogue dure ! C’est ça, le politiquement correct.

Mais aujourd’hui, la propagande a bien fait son œuvre. Le fumeur est stigmatisé, le non-fumeur a pris le pouvoir. Et dans cette société de la performance et de l’hygiène physique et mentale, le fumeur est devenu un cancer qu’il faut éradiquer, de préférence de façon visible. Il est à présent la personnification de toutes les mauvaises attitudes, le symbole du mauvais sujet. Il pue, il pollue, il coûte cher à la sécu, bref, il est le mal-vivre ensemble.
Il est politiquement incorrect !

La cigarette positive a vécu. Finie la pause détente, la clope sociale partagée entre amis autour d’une bière ou avec le café après un bon repas.
Exit la pipe à bon dieu qui embaume les couloirs de saveurs épicées.
Au rencard le Havane ou le cigarillo, que l’on déguste lentement comme un vin capiteux.
A la benne les fumeurs, salopeurs d’atmosphère. Le cancer passif est la nouvelle peste, la lèpre contemporaine aux bubons métastasiques. Pas de ça dans ma société de la correctitude, celle des trous du cul qui conchient les fumeurs le nez dans les gaz d’échappement. Mais c’est pas pareil. Les bagnoles, ça fait rêver les cons.

J’attends avec impatience le jour où les 4x4 seront à leur tour considérés par la masse silencieuse et votante, politiquement incorrects. Le jour où ces crétins engoncés dans la suffisance obscène de leurs vaisseaux énormes et inutiles seront à leur tour mis au ban de la société pour cause de pollution carbonique et mentale.

Mais pour voir ça, pour atteindre ce jour avec encore un peu de conscience, sans doute faut-il que j’arrête de fumer ?!

par Sylvaine Lacoze publié dans : Chroniques sociales
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Lundi 17 mars 2008

 

Le jour sombre, et la nuit s’en tape
Combien de mots me sont offerts
Combien de temps à laisser faire
Le jour sombre, et je m’échappe.

J’ai vu la mer en manteau blanc
Traces d’hiver
Jour cinglant
J’ai vu la mer en goéland
Et bu l’écume au goût de sel
Comme une valse au rythme lent
Traces de plumes dans le ciel
Tâches de brume à mon réveil
 

J’aurais voulu ne pas dormir
Ne pas sombrer dans l’inconscience
J’aurais voulu garder mes rêves et mon enfance
Sans me salir
Le jour étrange
Et je m’enfuis.
 

J’ai bu la mer et l’océan
J’ai lu le fond, j’avais vu grand
Est-ce la peur qui me trahit ?
Est-ce le sang,
La pluie…

par Sylvaine Lacoze publié dans : Chroniques lunaires
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Mercredi 23 janvier 2008


Dotée d’une culture générale correcte et d’amis intellectuellement limités, j’ai toujours aimé jouer au Trivial Pursuit. Je m’y sens à mon aise, entre toutes ces belles questions et les réponses qui se bousculent dans ma tête.
En général nous jouons en équipe. Autant vous dire que tous ces demeurés (sauf peut-être ce crétin de JP) se battent pour être avec moi. Faut dire, ça change ! Eh oui les blaireaux, je suis peut-être moche mais j’ai un cerveau complet en état de marche.

Dès que la partie commence, je m’installe confortablement (je m’arrange toujours pour être sur le fauteuil), et je laisse mes sous-équipiers gérer le dé, le pion, et les acamemberrissages. Je me contente de répondre aux questions, comme elles viennent et de préférence lorsque ce n’est pas à moi de parler. J’adore les écouter se taire, les suspendre à mes lèvres, et leur délivrer ma réponse souvent, parfois ma non-réponse. Je les soulage de leur inculture. Ils ouvrent grands les yeux, ils s’esbaudissent, c'est parfait !

En moyenne, j’émarge à 50%. C’est énorme !
Une question sur deux, paf ! J’ai la réponse. Alors je la dis. Sauf quand c’est le tour de JP. Celui-là, il peut sécher sous mille soleils, il ne profitera pas d’une once de mon savoir. Lui je le déteste. Je l’ignominise. Je voudrais le voir chauve et gros et nu dans la rue avec un large furoncle au milieu de son beau visage anguleux et plein de conjonctivite grasse sur son regard d’ange…

Hier, JP (qu’un hectolitre de fiente se déverse sur lui chaque matin !), est venu avec son copain Laurent (qu’une éléphante amoureuse urine chaque nuit dans son lit !) qui est professeur de Trivial Pursuit, si vous voyez ce que je veux dire…
Evidemment il a proposé une partie, et ils ont fait équipe, l’entité nauséabonde et le valet putride. En vérité une belle paire de connards !  Mais on a joué.

JP, il sait ce qu’il fait, et il ne fait rien au hasard. On a débuté la partie, et son acolyte s’est révélé. Le Laurent a fait son beau. Et en forme, le Laurent ça ne descend pas sous les 80%. Et dans toutes les éditions ! Avec l’autre taré qui rigole à côté en observant ma déconfiture. Vous comprenez pourquoi je le déteste ? Il est méchant. C’est pour m’atteindre qu’il a amené Internet avec lui. Juste pour m’atteindre.

Mais qu’est-ce que tu crois ? Que cherches-tu mon grand, avec tes 15% tout mouillé ? Tu penses m’attendrir avec ton cinéma ambulant ? Tu en es loin JP, tu es très loin, éloigné de tout ce qui est réalité. Tu es une poussière idiote chahutée par le vent, tu es un mulot mort-né dans un champ de maïs OGM, tu es là où ta stupide vie t'a posé, tu es un vieux cadre de grand-mère posé sur la télé. Tu es une image clouée sur un mur. Une vieille photo pliée, jaunie, punaisée maintes fois, qui encombre le mur de ma chambre.

 

T’es qu’une ordure !

par Sylvaine Lacoze publié dans : Des jeux de société
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Jeudi 27 décembre 2007



Que tous les indiens de la Terre
Tous les mutants de l'univers
Et tous les zombies des enfers
Les milices révolutionnaires
Les dames pipi les dactylos
Les ouvriers les hauts-fourneaux
Les marins pêcheurs les maquereaux
Les militants, les Roméo

Que tous les mannequins vieillissant
Et les chanteurs exaspérant
Les requins qui n'ont plus de dent
Les vampires qui n'ont plus de sang

Que les pourvoyeurs phallocrates
Les assassins autodidactes
Les généraux décervelés
Les empereurs autoproclamés
Les Mistinguett et leurs boas
Les éléphants et leurs rajas
Les retraités les fonctionnaires
Les bandits et Bernard Kouchner

Que tous les indiens de la Terre
Tous les mutants de l'univers
Et tous les porteurs de bannière
Les souffreteux, les hommes chiens
Les humano et les martiens...

Que les correcteurs salafistes
Les recalés opportunistes
Tous les rêveurs de grand soir
Les oubliés de Balthazar
Que les voisins miraculés
Les pharmaciens tétanisés
Tous les mutants de l’univers,
Et tous les indiens de la Terre…

par Sylvaine Lacoze publié dans : Chroniques lunaires
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Mardi 4 décembre 2007

D

éjà décembre, et je m’aperçois que je n’ai pas formulé mes doléances offrandaires. Je n’ai pourtant pas l’habitude de réclamer, mais cela fait tout de même longtemps que je ne reçois plus rien de votre part ! Aujourd’hui le temps est clément. J’ai donc décidé de faire sortir le renne du bois, et vous faire part de mes désirs enfouis, de mes secrètes envies.
 

Mais il me faut d’abord faire cette mise au point : bien que m’adressant à vous de façon explicite, sachez que vous n’existez pas.

Vous n’existez pas dans mon monde, vous survivez à peine dans celui des enfants. Et c’est pour cette raison que je prends la peine de vous écrire, votre non-existence étant pour moi la meilleure garantie de ne pas être trahie.

Si vous n’existez pas, vous n’en êtes pas pour autant sans existence. Vous couvrez déjà les murs de la ville, les vitrines des magasins, les lucarnes petites et grandes, en tentant de nous faire croire que Noël est pour tout le monde, que les cadeaux s’offrent par tombereaux, que rien n’est trop beau alors même que l’amour n’est pas une question de budget.

D’ailleurs si l’amour était une question d’argent, qu’eussions-nous pensé de la fermeture des maisons closes ?  Mais je digresse, je dois manquer d’un régime intelligent.
 

Si je vous écris aujourd’hui, cher Monsieur Noël, c’est pour… pourquoi d’ailleurs ?
 

Pour parler me direz-vous, utiliser votre prétexte pour déballer mes conjectures, vu que j’ai usé tous mes amis.

Bien que cette raison me paraisse pertinente (je vous félicite au passage pour la justesse de votre jugement), cela me semble un tantinet réducteur. Certes j’ai usé mes amis, je les ai fatigués au point qu’ils refusent désormais de passer plus d’une heure en ma compagnie. Mais tout de même, en y réfléchissant, ce n’est pas à eux que me viendrait l’idée d’envoyer ma lettre au Père Noël !

Pascal proposait aux mécréants de parier sur l’existence de Dieu, ayant tout à y gagner sans strictement rien risquer de perdre. Moi, j’écris au Père Noël. Et ça ne coûte pas plus cher !
 

Au sujet des cadeaux, je ne suis pas encore complètement décidée. Mais j’ai d’ores et déjà, quelques certitudes.


J

e ne veux pas de chocolats. La boîte de chocolats est le cadeau de l’ignorant. Une sorte de valeur sûre, si sûre qu’on l’offre même aux diabétiques. Cher Monsieur, je m’attends à mieux de votre part.
 

Je ne veux pas de jeux, et surtout pas de jeux de société. Pas que je n’aime plus ça, vous savez comme moi que cela reste un des rares plaisirs de mon ascétique vie. Mais le vocable « jeu de société » comprend en lui-même l’objet de ma détestation : « société ». Cette société, puisque je ne doute pas qu’il s’agisse de celle des hommes, que je méprise  au point de la vouer dans sa totalité (je ne m’en dépare pas) aux foudres de tous les ridicules ! Le jeu de cette société, me renvoie à mon état d’Homme avec un grand H, qui comme chacun sait est le terme universel pour désigner les femmes avec un petit f. 

Et vous, cher Monsieur, quel est votre déterminant ? De quelles molécules êtes-vous composé, vous dont le commerce est intimement lié à nos progénitures, pis, à nos reproductions !
 

Je ne veux pas de fleurs, de parfums, de vêtements, de ces apparats qui emprisonnent plus qu’ils n’embellissent. J’abhorre la superficialité des essences, je conchie tout à la fois l’âme de Guerlain, la blondeur de Gaultier et le règne du tissu imprimé, fût-il dégriffé ! Je voue aux mêmes fosses sceptiques Dior et Celio. Ces enseignes représentent bien pire que de malhonnêtes commerçants : elles sont une quintessence de l’absurdité de notre société qui construit ses jugements sur l’apparence, la couleur, les moyens, et en fin de compte qui emprisonne une soi-disant idée du « mauvais goût » dans un carcan de pauvreté et de misère intellectuelle. Les canons de la beauté m’effraient car rien de profond ne peut se construire sur de telles bases. C’est pourtant sur ce type de fondement que se bâtissent nos cultures décervelées. Burp !
 

Je ne veux pas de livres, avec ou sans image, pas plus que de CD, MD, DVD, HD, ou quelque sigle que ce soit. Ces objets ne s’adressent jamais qu’à leurs auteurs. Je comprends qu’étaler ses états d’âme sur un support quelconque coûte moins cher qu’une psychanalyse, mais le procédé m’exaspère au plus haut point. Et les artistes autoproclamés sont les pourvoyeurs de fonds de producteurs dépourvus de sens moral, qui font commerce de toute impudeur en flattant la curiosité morbide d’un public qui ne demande qu’à s’acquitter grassement du droit de s’identifier à des crétins, en pérorant dans les salons sur la pertinence poétique du dernier Houellebecq.


E

n fait, Cher Père Noël, je crois que je vous écris pour vous demander de m’oublier. Je ne veux rien. Un cadeau ne reflète jamais que l’ego de celui qui le fait. Un ego insalubre qui englue les individus dans un processus social avilissant. Le cadeau par tradition, par obligation. Le cadeau pour montrer nos bonnes œuvres, pour étaler nos bonnes âmes, pour se gratifier autant que pour se rassurer. Ce cadeau facile pour flatter et mettre en scène ses sentiments, fussent-ils feints. Le cadeau pour se mettre en valeur. Le cadeau futile. Pire, le cadeau vidé de son sens, le cadeau par habitude de consommation.
 

Les faiseurs de cadeau sont coupables ! Ils nous font croire à leur amour, à l’instant, et au bonheur possible. C’est un leurre. C’est une fausse piste, balisée de bien naïve façon. Il n’y a pas plus de générosité que d’empathie dans l’âme humaine. Il n’y a que des intérêts particuliers. Pourquoi croyez-vous que l’on vous aime, que l’on vous entretienne de la sorte ?

Qu’attendent les enfants, un barbu ou des cadeaux ?

Qu’attendent les parents, un vieil homme ou la réminiscence de leur enfance passée ?

Qu’attendent les marchands ? Avec quoi veut-on nous faire rêver, qu’à croire au Père Noël nous perdions toute notion de réalité !!

par Sylvaine Lacoze publié dans : Sylvaine cause dru
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Lundi 22 octobre 2007

 

A

ujourd’hui les grévistes ne font plus recette. Il faut dire qu’on nous a tellement martelé avec cette histoire de « culture française de la grève », de « peuple râleur crispé sur ses acquis ». Des nantis immobiles qui refusent la réforme et empêchent la croissance (de quoi ?) et l’adaptation de la société française (économique) au Monde Moderne Mondialisé vu qu’aujourd’hui c’est comme ça et pas autrement et on n’y peut rien et que le capitalisme installé il est plus fort que nous et que dans le fond, les grévistes, c’est quand même des cons.

 Durant les grèves de 1995, les grévistes, ils se battaient pour nous, pour tout le monde. La réforme de la sécurité sociale, ça c’était du combat, de l’universel. Alors on râlaient bien un peu, nous le peuple des usagers, mais on les soutenait quand même ces nantis qui peuvent se permettre de se mettre en grève parce qu’ils ont des statuts solides et un droit du travail qui les protège encore (de quoi ?).

Mais aujourd’hui, alors que la société n’a cessé de s’appauvrir, ils osent se battre pour eux, et rien que pour eux. Quel cynisme ! Ils n’ont pas honte, de vouloir poursuivre leur vie de façon décente, avec ces avantages que d’autres n’ont pas ! C’est quoi cette histoire de régime de retraite spécial ? Pourquoi conserveraient-ils un régime spécial obsolète acquis au siècle dernier ? Soyons sérieux, cela ne correspond à rien. Si encore ils étaient militaires, ou députés, ou sénateurs, ou administrateurs de grandes sociétés, ou journalistes, ou pilotes, ou avocats d’affaires, ou footballeurs, là je ne dis pas (quoi d’ailleurs ?). Mais là non, rien de tout ça ! 

A

lors baste, messieurs les nantis d’un autre temps. Les fonctionnaires, les bourgeois moyens, la masse du peuple imposé, il faut penser à ceux qui n’ont pas vos conditions, les précaires, les smicards, les vieux, les habitants des quartiers en difficulté (de quoi ?), il faut mettre tout ça à niveau, merde ! Et laissez passer les réformes, puisqu’on vous dit que c’est nécessaire au bien de tous ! Quoi, vous n’avez pas confiance ?

par Sylvaine Lacoze publié dans : Chroniques sociales
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Mardi 25 septembre 2007

O

K, c’est mort ! Les jeux sont faits.
Il faut dire que pour une fois, il a bien joué... sacré J.P!

Je n’ai plus qu’un tour et je ne peux rien faire pour l’empêcher de construire son dernier comptoir et d’engranger le bonus final. Et avec tout le bois qu’il a en réserve, il peut même se permettre le luxe de construire un barrage pour me couper mon approvisionnement en eau et me faire ainsi passer de la gentille défaite à la correction en bonne et due forme. La raclée, la pâtée, la tôle, la victoire indiscutable avec humiliation des perdants en option.

Connard de J.P !!

Bon, c’est là qu’il faut prendre la décision. La grande décision. Car il me reste une possibilité pour rattraper mon retard et retourner la partie à mon avantage ; une seule et unique possibilité, une issue de secours, une ultime bouée de détresse pour m’accrocher et maintenir hors de l’eau ma tête de condamnée : tricher.

Oui je sais c’est très mal ! Sur la question, je connais les avis de la bourgeoisie ludique bien-pensante. J’y perdrais mon amour-propre, ou pire, mon honneur.

En ce qui concerne l’amour-propre, je devrais pouvoir m’en remettre !

Quant à l’honneur, je ne sache pas que la victoire doive forcément s’encombrer de cette valeur de pauvre – ne dit-on point que l’honneur est ce qu’il nous reste lorsque l’on a tout perdu -- donc de perdant !

Non, le pire ne serait pas de gagner en trichant, je n’ai pas ce genre d’états d’âme. Le pire, serait de me faire prendre. Parce qu’alors, c’en serait fini de mes victoires tranquilles, des adversaires qui, honnêtement, reconnaissent en moi une bonne compétiteuse tout en admirant ma supériorité stratégique et ma grande capacité d’analyse, même si sur le moment ils auraient préféré perdre un œil.

Dans le cas présent, c’est ma dernière arme, mon extrême possibilité.

Je pourrais me résonner, me dire que tricher affadit la victoire, que la valeur d’un jeu n’est pas dans le gain d’une partie mais dans le plaisir pris à la disputer. Je pourrais me dire qu’ainsi va la vie, que les victoires succèdent aux défaites et que ce crétin de J.P a lui aussi droit à son heure de gloire.

Je sais.

Mais je me connais. Je vais me dire tout ça, et je vais tricher quand même.
Je vais tricher parce que je vais en avoir l’occasion. Ce sera plus fort que moi.
Je vais tricher et ma victoire sera magnifique car elle résultera d’un coup d’éclat.

C’est très simple : J.P peut construire son dernier comptoir. Qu’à cela ne tienne ! Je joue avant lui, alors je vais construire mes trois derniers comptoirs en un seul tour. Du jamais vu ! Pour cela je vais fournir toutes les ressources nécessaires que j’accumule depuis le milieu de la partie. Eh oui, on ne m’a pas vue venir. Personne n’a fait attention à moi car je me suis peu développée, et lentement, et donc j’ai peu dépensé ! C’est ainsi que j’ai pu thésauriser autant de cartes ressources pour finir en beauté...

Ca, c’est le discours officiel. En vérité, il me suffit de prendre plus de ressources que prévu lors de la phase de revenus. C’est facile, chacun se sert en cartes et personne ne vérifie, notre relation est basée sur la confiance. Ensuite, il suffit d’embrouiller un peu.

« À moi ? Alors voilà, tenez-vous bien. Je vais donc construire pas un, pas deux, mais trois comptoirs, oui vous avez bien entendu, trois comptoirs que je finance illico (et surtout presto) avec mes bonnes cartes ressources que voilà, que je vous montre, regardez, vous les voyez bien, hop je les remets non moins rapido dans leur pile respective vu que je les utilise et que j’ai juste le compte et voilà elles sont rangées, je mets mes comptoirs sur le plateau et oh, tiens donc, ça tombe bien, il m’en reste juste trois ! Magnifique ! Je marque mes douze points plus le bonus de vingt points du dernier comptoir et je passe en tête sur l’échelle de score juste devant J.P qui s’est bien battu mais qui n’a peut-être pas bien géré sa fin de partie. »

Ouf !

Je leur laisse un temps pour observer le plateau et assimiler l’information.

(silence)

-Ouais joli coup. Bien joué !

Ils se détendent. C’est bon, je reçois l’absolution.
Et finie la partie. Victoire de Sylvaine, chapeau bas messieurs.
Et la revanche, J.P, c’est quand tu veux !!

par Sylvaine Lacoze publié dans : Des jeux de société
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Vendredi 24 août 2007

C’

est prostrée sur le balcon de ma location de vacances, transie d’effroi sur une chaise de camping, que je prends ce soir la plume. Peut-être pour la dernière fois. Demain, va savoir, le mal aura gagné et je serai comme eux !

 

Je les entends de mon balcon, cela ressemble à un bal de camping, la grande soirée disco organisée par le comité des fêtes ou l’amicale des joyeux pétanquistes en short.

 

Je les entends rire et frapper dans les mains au rythme d’une musique… mais peut-on appeler cela musique ? Une cadence électronique et lancinante qui résonne dans la nuit, et martèle le temps avec la finesse d’un tambour dans une galère.

J’entends le DJ hurler dans son micro au plus fort du refrain : « viens boire un p’tit coup à la maison » et les bronzés reprendre en chœur « à la maison ! ».

Je reçois de plein fouet leur prémaché de bonheur au travers de ma nuit. Il m’agresse.

 

Je les imagine frais sortis de la douche du soir, refluant le monoï et les vapeurs de déo-bille, se préparer pour se rendre à la langoustines party sur la place du marché. Je les vois gavés de mayonnaise et de vin de pays, transpirer déhanchamment sur des musiques tropicales parce que les négros, ils s’y connaissent quand même vachement en rythme (et à la course à pieds!).

 

Je n’ose pas me joindre à eux de peur d’accélérer le processus de contamination. Je le sens, jour après jour, ma garde baisse. Et parfois, je l’avoue, ce troupeau me fascine.

 

L

es premiers symptômes se manifestent. Aujourd’hui à la plage, j’ai acheté une glace à six boules et trente-huit centimètres, avec supplément chantilly. Je l’ai mangée sur la promenade en regardant les voitures passer. Un défilé de grosses clinquantes, de 4x4 rutilants, de cabriolets flambant neuf, de berlines allemandes surpuissantes, de petites citadines nerveuses intérieur cuir… et je me suis dit « alors, laquelle tu préfères ? »

Heureusement j’ai vomi avant de répondre. La glace était tiède et la chantilly gonflée aux glucides synthétiques.

 

Plus loin se tenait un concours d’enfants obèses. Les candidats étaient alignés, debout sur un banc, vêtus d’un slip de bain Décathlon  et d’un T-shirt mouillé. La gagnante, une charmante lolita de 11 ans pour soixante-douze kilos, a remercié ses parents qui l’ont toujours soutenue, et sans qui elle ne serait jamais devenu la jolie petite truie qu’elle est aujourd’hui.

Puis ils l’ont portée en triomphe, avant de rejoindre la langoustines party.

 

Je reste sur mon balcon à attendre la petite mort. Je suis seule, j’ai peur.

Pire : j’ai faim.

Et j’aime ça, la langoustine grillée !

SL

par Sylvaine Lacoze publié dans : Chroniques sociales
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Jeudi 26 juillet 2007
Jean-Louis-dents-noires.JPG
par Sylvaine Lacoze
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Dimanche 22 juillet 2007

Je crois te comprendre à demi-mot
A demain l’ami t’y es trop tôt
A un autre jour, deux mies de pain
Deux demis d’amour, demi de rien

A demain toujours n’oublie pas de m’écrire 
Écrire à demi-mot pour ne jamais choisir 

Je crois te chercher à ciel ouvert 
Dominant le zinc, demi de bière 
Tu t’épuises tu mimes tes mots 
Deux mille douleurs à demi-maux 

A demi tu ressens tu ne veux pas souffrir 
Et vivre à contretemps à deux mis de partir 

Je choisis le parti de rester dans le mi 
[à demi entendu à demi condamné]
Ne pas me prononcer ou me positionner
[Intrigant comme lui qui reste dans le mi] 
Et cache mes envies à demi


Deux milliards d’étoiles dans l’essieu 
Et pas une pour mes demi vœux 
Je ne te vois plus deux hémisphères 
Ennemis contraints, amis contraires 

A demi je t’envoie les phrasés les sourires 
A deux milles de tout n’oublie pas de me fuir 

Je crois te trouver à mi-chemin 
Ami de ce jour qui prend fin 
Encore un détour de la vie 
Esclave du jour de la nuit 

Prisonniers de nos corps de nos quatre moitiés 
Harmonie du décor de paraître en entier

Je choisis le parti de rester dans le mi 
[à demi entendu à demi condamné]
Ne pas me prononcer ou me positionner
[Intrigant comme lui qui reste dans le mi] 
Et cache mes envies à demi

par Sylvaine publié dans : Chroniques lunaires
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