Quelle bonne année ?
C’est la nouvelle année chrétienne, les bigots vont aligner des tombereaux de résolutions qui ne passeront pas janvier.
Ils vont se réunir en de grands rassemblements alcoolisés, ils vont engloutir en quelques heures plus de lipides qu’il n’en faudrait pour faire vomir l’Afrique, et à minuit, ô sombre culture de l’hypocrisie et du cynisme, ils vont se regarder bien au fond de leurs yeux humides et se souhaiter de façon sincère et convaincue une « bonne et heureuse année » sans aucunement prendre la réelle mesure de toute la crétinerie dont ils font preuve en cet instant précis.
Mais en quoi serait-elle bonne cette année qui s’annonce, en quoi ces jours seraient-ils meilleurs que ceux qui les ont précédés ? Sera-ce le fait d’un magicien arrivé nuitamment sur la terre pour exaucer tout à trac nos vœux les plus sincères ? Allons-nous entrevoir la vérité ou nous confondre dans l’illusion ?
Quels outils avons-nous construits hier, qui nous permettent à présent de faire cette heureuse année, prospérité, sobriété, et si nous y parvenons, qu’en sera-t-il de nous ? Serais-je plus heureuse dans une année heureuse ? Y a-t-il un lien, une cause à effet ?
Et que nous souhaitons-nous vraiment lors de ces épanchements obscènes : du petit bonheur étriqué, fait de satisfactions personnelles et de convenances usées par le poids d’une culture amorphe et formatée à mort.
Un chapelet de plaisirs surannés que l’on égrène frénétiquement pour continuer à cacher nos doutes derrière des certitudes.
Mais qu’en sera-t-il de notre monde lorsque nous nous serons souhaité une bonne et heureuse année ? Aura-t-il progressé sur la voie de la paix, de l’égalité, de l’équité sociale, du droit de chacun à vivre libre dans une société au service de tous les hommes et non au seul profit de quelques uns… tant que le monde tient.
Je dis tout cela par pur humanisme : je n’ai pas d’enfant à qui léguer ce monde. Ni d’amis d’ailleurs, ni personne à qui je tienne. Je n’use pas de sincérité de façade ni de bons sentiments inutiles. Et après moi, que m’importe après tout l’état de votre terre !
On peut bien continuer à s’empiffrer en se tapant sur l’épaule, on peut se donner du « mon ami », du « mon amour », et « toutes les choses que tu souhaites, tout l’amour que j’ai pour toi, reprends du vin c’est le sang d’un juif mort, prends de la bière c’est l’urine d’un moine errant, et surtout la santé (c’est le plus important !).
On peut continuer à faire la fête, j’en ai rien à foutre.
C’est juste que : ça m’énerve.
SL
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