Un jour, c'est trop !
Et c’est reparti ! 4 clampins plus ou moins rasés qui viennent enfumer mon salon. Et maintenant c’est toutes les semaines. Mais ils n’en ont jamais marre ! Cela tourne à l’obsession messieurs, arrêtez tout ! Réveillez-vous ! Ces joueurs sont des monomaniaques et je vis avec le pire de tous.
Mon appartement : une voûte. Des boîtes de jeu partout ! Ils envahissent tous mes espaces. Je ne peux plus ouvrir un tiroir, un placard, une armoire, la penderie, le bar, le meuble à chaussures… d’ailleurs il ne met plus de chaussures. La cave est condamnée. Le grenier sinistré. Jusqu’au coffre de la voiture déclaré zone occupée.
Chaque morceau du plus petit espace libre se comble irrémédiablement d’un paquet de cartes, d’une boîte de pions, d’un dé, d’une boule d’élastiques ou de pochettes en plastique.
Avant j’avais une bibliothèque, où je rangeais tous les livres que j’aimais avoir près de moi, comme une empreinte bienveillante qui caresse mes rêves debouts et allongés. Aujourd’hui j’ai deux cartons de bouquins dans le couloir. Je les regarde en passant et j’ai des hoquets d’injustice.
J’ai plus de place pour me ranger.
J’ai des barbus dans mon salon qui lancent des dés, et poussent des pions.
Les conversations se limitent à l’extension des rouges sur le flanc ouest, le cours de la gemme verte, le nombre de points de victoire qu’a engrangés Dunoeud, ou les mérites comparés du dernier Chpildessejar.
Pourtant je me suis amusée, moi aussi, aux colons de Catane. J’ai pris du plaisir à bluffer au Pérudo, à relier des îles à Kahuna et à faire avancer les petites voitures de Formule Dé sur le circuit de Monaco. Puis il a commencé à ramener des jeux tout en allemand. C’est là que j’aurais du me méfier. Mais je suis restée zen (l’amour sans doute, ou trop de sentimentalisme. Une bêtise assurément !) et nous avons enchaîné les parties de Siedler von Catan das Kartenspiel avec accès au lexique à chaque nouvelle carte piochée. De la patience, de la pugnacité, on peut dire que j’en ai fait preuve. Mais ça n’arrête pas, jamais. Les boîtes s’entassent, et je commence à regretter mes soirées télé où je n’ai pas besoin d’ouvrir un dictionnaire à chaque plan lorsque le film est en V.O. Mais lui rien ne l’arrête. Et lorsqu’il sent que son engouement pour les petits Mickeys n’est pas le mien, loin d’en prendre sa part et de poursuivre une vie de couple conventionnée par la morale laïque, il convoque chaque soir sa cour des miracles et il s’esclaffent à jouer à la guéguerre avec des petits soldats en plastique comme des crétins devant un yoyo lumineux, en tenant des propos dans un langage étrange dont je suis objectivement et sincèrement exclue. Des histoires de PV, de D20, d’effets cumulés, de calcul de dégâts… vous êtes initiés vous ? Moi ça a fini de m’emmerder.
La richesse du jeu, ça m’appauvrit. La passion ludique est une pratique egophage. Et ils pourraient bien se prendre au jeu, lui et ses poilus fumants, et se bouffer entre eux. Pour ce que ça changerait pour moi !
À part l’annonce d’un grand ménage…
SL
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